Les réseaux sociaux ne sont plus une zone de non-droit. Après une vidéo aux propos jugés particulièrement obscènes sur l’affaire Adji Sarr–Ousmane Sonko, la militante de Pastef Adama Diop a été arrêtée par la Division spéciale de cybersécurité. Le parquet de Dakar, qui s’est autosaisi, entend manifestement faire de ce dossier un nouvel avertissement contre les dérives verbales en ligne.
Cette fois, les publications sur les réseaux sociaux ont conduit Adama Diop directement entre les mains des enquêteurs. L’influenceuse et militante de Pastef, également commerçante à Touba, est toujours retenue dans les locaux de la Division spéciale de cybersécurité (DSC), où elle a été placée en garde à vue pour discours contraires aux bonnes mœurs. Sauf changement de dernière minute, elle sera déférée ce vendredi devant le procureur de la République près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar, qui décidera des suites judiciaires à donner à cette affaire.
Selon les informations recueillies, tout est parti d’une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux. Dans cette séquence, Adama Diop tient des propos jugés particulièrement crus sur l’affaire Adji Sarr–Ousmane Sonko, un dossier qui continue, plusieurs années après son éclatement, de susciter de vives tensions dans l’opinion. La militante ne s’est pas limitée à cette affaire. Elle s’en est également prise au président Bassirou Diomaye Faye, évoquant sa défaite électorale à Ndiaganiao face à une candidate, dans des termes qui ont rapidement provoqué une avalanche de réactions.
Face à l’ampleur de la polémique, le procureur de la République n’a pas attendu de plainte. Il s’est autosaisi et a confié le dossier à la Division spéciale de cybersécurité, désormais en première ligne dans la traque des contenus considérés comme répréhensibles sur Internet.
Cette arrestation intervient dans un contexte de durcissement du ton des autorités face aux dérives constatées sur les réseaux sociaux. Influenceurs, activistes, chroniqueurs et leaders d’opinion sont de plus en plus nombreux à être convoqués, placés en garde à vue ou poursuivis pour des publications jugées contraires à la loi. Le message du parquet est clair : la liberté d’expression ne saurait couvrir les injures, les propos obscènes ou les contenus susceptibles de troubler l’ordre public.
Le dossier fait également ressurgir l’affaire Adji Sarr–Ousmane Sonko, l’une des plus grandes secousses politico-judiciaires de l’histoire contemporaine du Sénégal. Déclenchée en 2021 après les accusations portées par l’ancienne employée du salon Sweet Beauté contre Ousmane Sonko, elle a entraîné une succession de crises politiques, de manifestations violentes et de procédures judiciaires qui ont profondément marqué le pays. Malgré les évolutions politiques intervenues depuis, ce dossier demeure un sujet explosif, chaque nouvelle déclaration étant susceptible de raviver les passions.
Avec l’interpellation d’Adama Diop, le parquet de Dakar semble vouloir franchir un nouveau cap. En s’autosaisissant d’un dossier impliquant une militante du parti au pouvoir, il envoie un signal : les poursuites liées aux excès sur les réseaux sociaux ne devraient, en principe, épargner aucun bord politique. Reste désormais à savoir quelles infractions seront finalement retenues à l’issue de son défèrement et si le juge suivra la même ligne de fermeté que celle affichée par le ministère public.
