Diphtérie au Sénégal : quand l’épidémie dépasse le simple décompte des cas

Diphtérie au Sénégal : quand l’épidémie dépasse le simple décompte des cas

Dix-neuf nouveaux cas confirmés et trois décès dans les districts de Saraya, Kédougou et Salémata : la présence d’enfants « zéro dose » et sous-vaccinés inquiète les autorités sanitaires. La diphtérie n’est plus une menace théorique au Sénégal. Elle s’est installée dans plusieurs districts sanitaires de la région de Kédougou et continue de mobiliser les services de santé. Le dernier point de situation fait état de 19 nouveaux cas confirmés parmi 34 sujets contacts suivis, ainsi que de trois décès. Une évolution qui remet au premier plan une maladie que la vaccination avait pourtant largement contenue.

​Selon les informations communiquées le lundi 31 août par le Dr Ababacar Mbaye, gestionnaire de l’incident épidémique au sein du Comité régional de gestion des épidémies (CRGE) de Kédougou, ces nouveaux cas ont été confirmés dans les districts sanitaires de Saraya, Kédougou et Salémata. Le profil des personnes touchées s’avère particulièrement préoccupant : le ratio est de 11 garçons pour 8 filles, et l’âge médian des cas confirmés s’élève à 5 ans. Le plus jeune patient a 1 an et le plus âgé 20 ans. Trois décès viennent alourdir ce bilan.

​Ces trois décès ont été enregistrés respectivement au poste de santé de Bambaraya (district de Saraya), au centre secondaire de Ndiormi — avec notamment une confirmation post-mortem — et au poste de santé de Tenkoto (district de Kédougou). Ces drames interviennent alors que l’alerte avait été déclenchée plusieurs semaines auparavant. Le 30 juillet dernier, la Direction de la Prévention du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique avait été informée d’une série de décès d’enfants de moins de cinq ans au Centre hospitalier régional Amath Dansokho de Kédougou.

​Les investigations médicales avaient alors mis en évidence des tableaux cliniques évocateurs d’une diphtérie respiratoire : détresses et difficultés respiratoires sévères, hypertrophie des amygdales, nécrose de la partie rhinopharyngée et tuméfaction du cou. Une revue rétrospective des dossiers médicaux avait permis d’identifier 11 cas suspects, tous décédés entre août 2024 et juillet 2026. Deux prélèvements post-mortem avaient été transmis à l’Institut Pasteur de Dakar, dont l’un est revenu positif le 1er août 2026.

​ De trois cas à dix-neuf nouveaux cas

​La progression des chiffres permet de mesurer l’évolution de l’épidémie. Le 12 août, trois cas avaient été confirmés dans les districts de Saraya et Kédougou. À cette date, les autorités sanitaires avaient recensé 591 cas suspects sur la période de mai à août 2026, tandis que plusieurs décès d’enfants faisaient encore l’objet d’investigations.

​Le 20 août, douze nouveaux cas étaient confirmés à Saraya et Kédougou parmi 202 sujets contacts. L’âge médian était alors de 4,5 ans, avec des patients âgés de 4 à 13 ans. Quelques jours plus tard, le district sanitaire de Mbour signalait à son tour un cas, portant, selon SeneNews , le total rapporté à 14 cas confirmés au niveau national. Le nouveau bilan communiqué le 31 août marque donc une étape supplémentaire dans la riposte, avec 19 nouveaux cas confirmés dans les trois districts de Kédougou, Saraya et Salémata, accompagnés de trois décès.

​ Le cas de Salémata élargit la zone de vigilance

​L’apparition de cas à Salémata constitue un élément majeur dans la lecture de l’épidémie. Jusqu’alors, l’essentiel des infections confirmées concernait les districts de Kédougou et Saraya. L’implication de Salémata montre que la surveillance doit désormais couvrir l’ensemble de la région.

​Les autorités sanitaires ont ainsi décidé de maintenir le suivi des contacts, de renforcer la recherche active des cas et d’intensifier les stratégies avancées et mobiles de vaccination. Les prélèvements continuent d’être transmis à l’Institut Pasteur de Dakar pour analyse.

​ Le véritable angle mort : les enfants « zéro dose »

​Au-delà du nombre de cas confirmés, un autre chiffre interpelle : 2 406 enfants âgés de 0 à 5 ans ont été identifiés comme « zéro dose » ou sous-vaccinés dans la région. À Saraya, les services sanitaires recensent 1 310 enfants sous-vaccinés et 1 096 n’ayant reçu aucune dose. À Kédougou, les équipes poursuivent également le recensement et la vaccination des enfants insuffisamment protégés.

​C’est probablement l’un des enseignements majeurs de cette crise. La diphtérie est une maladie évitable par la vaccination. Lorsque des enfants ne reçoivent pas les doses requises, les communautés deviennent plus vulnérables à la réapparition et à la propagation du pathogène. L’épidémie de Kédougou met ainsi en lumière une problématique plus large : celle des enfants que les services de vaccination de routine n’arrivent pas à atteindre.

​ Une riposte qui s’organise

​Face à cette situation, les autorités sanitaires ont engagé plusieurs actions. Le traitement préventif des personnes contacts se poursuit. Des médicaments ont été acheminés vers les districts sanitaires concernés ainsi qu’au Centre hospitalier régional Amath Dansokho de Kédougou. Les équipes ont également intensifié la communication de proximité : selon le responsable de l’incident épidémique, 187 visites à domicile ont déjà été effectuées dans 27 localités de Kédougou et 165 à Saraya dans le cadre de la communication sur les risques et de l’engagement communautaire.

​La stratégie repose également sur la recherche active des enfants « zéro dose » et sous-vaccinés, parallèlement à l’approvisionnement en antitoxine. Un comité départemental des épidémies devait par ailleurs se réunir le 1er septembre afin d’assurer le suivi des enfants non ou insuffisamment protégés.

​ L’antitoxine, un enjeu crucial

​Dans la prise en charge de la diphtérie, la vaccination constitue le principal moyen de prévention, mais elle ne suffit plus lorsqu’un patient est déjà atteint. La diphtérie respiratoire produit une toxine susceptible d’endommager gravement plusieurs organes. Les formes sévères peuvent entraîner des complications respiratoires, cardiaques ou neurologiques.

​L’accès à l’antitoxine diphtérique devient donc un élément crucial de la prise en charge. À Kédougou, les autorités sanitaires ont annoncé la poursuite de l’approvisionnement en antitoxine, en plus de la mise à disposition de médicaments dans les districts concernés.

​ Mbour : un signal à surveiller

​L’apparition d’un cas à Mbour ajoute une dimension nationale à une épidémie initialement concentrée dans le Sud-Est. Le 28 août, SeneNews rapportait un premier cas dans le district sanitaire de Mbour et faisait état de 14 cas confirmés au niveau national à cette date.

​Même si les données évoluent rapidement et doivent être consolidées par les autorités sanitaires nationales, ce signal rappelle que la surveillance ne peut pas être limitée à la seule région de Kédougou. Les déplacements de populations, les échanges interrégionaux et la mobilité des familles rendent indispensable une vigilance élargie à l’échelle du territoire.

​ Une maladie qui commence parfois comme une simple angine

​La diphtérie peut se montrer trompeuse dans ses premières manifestations. Fièvre, maux de gorge, fatigue et ganglions enflés peuvent donner l’impression d’une infection ORL banale. Mais l’apparition de difficultés à respirer ou à avaler, d’un gonflement du cou ou d’une membrane blanchâtre ou grisâtre dans la gorge doit immédiatement alerter. Dans le contexte actuel, tout symptôme évocateur chez un enfant doit conduire à une consultation médicale rapide. La diphtérie ne doit sous aucun prétexte faire l’objet d’une automédication.

​ Vacciner pour casser la chaîne de transmission

​La vaccination demeure l’arme essentielle contre la maladie. Le Sénégal a d’ailleurs renforcé son dispositif vaccinal avec l’introduction du vaccin hexavalent dans le Programme élargi de vaccination (PEV). Ce vaccin protège notamment contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B, les infections à Haemophilus influenzae de type b et la poliomyélite.

​Mais l’épidémie actuelle démontre que la simple disponibilité du vaccin ne garantit pas automatiquement la protection de tous les enfants. Le défi réside désormais dans la capacité à aller chercher ceux qui sont restés en marge du système : enfants « zéro dose », enfants sous-vaccinés, ou populations éloignées des structures sanitaires et vivant dans des zones difficiles d’accès.

​ Derrière l’épidémie, la question de l’équité vaccinale

​À Kédougou, les chiffres relatifs aux enfants non vaccinés offrent une autre grille de lecture de la situation. La question n’est plus seulement de savoir combien de personnes ont été infectées, mais aussi de comprendre pourquoi certains enfants n’ont pas été protégés. Les distances, l’accès aux structures de santé, l’information des familles, la disponibilité des services de vaccination et le suivi pédiatrique doivent être réexaminés. Car derrière chaque enfant « zéro dose » se trouve potentiellement une rupture dans la chaîne de prévention.

​L’épidémie de diphtérie rappelle ainsi que la lutte contre les maladies évitables ne se gagne pas uniquement dans les hôpitaux. Elle se joue aussi dans les postes de santé, les villages, les familles et au cœur des communautés.

​ Kédougou sous surveillance, le Sénégal en alerte

​À la mi-août, le directeur régional de la santé avait déclaré que la situation était « sous contrôle », après la confirmation de trois cas et le lancement d’une campagne de vaccination dans la région. Depuis, les investigations ont révélé de nouveaux cas et trois décès supplémentaires ont été déplorés dans le dernier point de situation. La riposte demeure donc pleinement active. Le suivi des contacts, la recherche des cas, la vaccination des enfants non protégés, l’approvisionnement en antitoxine, l’analyse des prélèvements et la mobilisation communautaire constituent désormais les principaux leviers pour contenir l’épidémie.

​Le Sénégal dispose de l’un des outils les plus efficaces contre cette maladie : le vaccin. Mais l’épidémie de Kédougou rappelle une réalité fondamentale de santé publique : une maladie évitable par la vaccination peut redevenir meurtrière lorsque des populations restent insuffisamment protégées.

​Dans le Sud-Est du pays, les chiffres racontent déjà cette vulnérabilité : dix-neuf nouveaux cas confirmés parmi 34 contacts suivis, trois décès et plus de 2 400 enfants de 0 à 5 ans identifiés comme « zéro dose » ou sous-vaccinés. Derrière ces données se dessine l’urgence de ne laisser aucun enfant en marge de la couverture vaccinale. La bataille contre la diphtérie se joue désormais sur deux fronts : traiter rapidement les malades et retrouver, enfant par enfant, ceux qui n’ont pas encore été protégés.

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