L’affaire du spectaculaire cambriolage de la Direction de l’Informatique du Trésor public, survenu dans la nuit du 1er au 2 mars 2025, connaît un nouveau rebondissement. Dix-sept mois après les faits, la Sûreté urbaine de Dakar vient d’interpeller un individu présenté comme un complice présumé. Une arrestation qui pourrait permettre aux enquêteurs de remonter une nouvelle fois la piste des équipements volés et de leurs éventuels receleurs.
L’affaire était loin d’être enterrée. Dans la nuit du 1er au 2 mars 2025, la Direction de l’Informatique du Trésor public avait été cambriolée. Des équipements informatiques avaient été emportés, faisant de cette intrusion un dossier particulièrement sensible, compte tenu du lieu visé et de la nature du matériel dérobé.
Depuis, les enquêteurs de la Sûreté urbaine du Commissariat central de Dakar ont poursuivi leurs investigations. Après la neutralisation du principal auteur présumé, les policiers ont continué à exploiter les éléments recueillis au cours de l’enquête. C’est dans ce cadre qu’un nouveau suspect a été interpellé le 19 août 2026.
Un conducteur de « Tiak-Tiak » au cœur du dispositif
Présenté comme un complice présumé, l’homme interpellé serait un conducteur de transport à deux roues, communément appelé « Tiak-Tiak », domicilié au quartier de Rebeuss.
Conduit dans les locaux de la Sûreté urbaine, il a été entendu sur procès-verbal. Au cours de son audition, il aurait reconnu les faits qui lui sont reprochés et livré des éléments susceptibles d’intéresser les enquêteurs dans la poursuite du dossier.
Selon ses déclarations, trois des ordinateurs provenant du cambriolage auraient été cédés à un gérant d’un commerce spécialisé dans la vente de matériel informatique, établi à la Médina. Montant de la transaction : 400 000 francs CFA. Mais l’histoire ne s’arrête pas à cette vente.
Les ordinateurs revendus avant le retour de bâton
Toujours selon le mis en cause, il aurait repris contact avec l’acquéreur après le retentissement médiatique donné à l’affaire. Son objectif aurait alors été de récupérer les équipements volés.
Réponse de l’intéressé : les ordinateurs avaient déjà été revendus.
Plus troublant encore, le suspect affirme que l’acquéreur lui aurait conseillé de quitter le pays. Une déclaration qui, si elle est confirmée par les investigations, pourrait donner une nouvelle orientation à l’enquête sur le circuit de revente du matériel provenant du cambriolage.
Les enquêteurs devront notamment déterminer à qui les ordinateurs ont finalement été revendus, dans quelles circonstances et si les différents intervenants avaient connaissance de leur origine frauduleuse.
Le principal acquéreur présumé est mort
Autre élément apparu au cours de l’enquête : le gérant du commerce cité par le suspect serait décédé.
L’homme interpellé a déclaré aux policiers que celui à qui il aurait vendu les trois ordinateurs serait mort après la Tabaski 2026. Une information qui a poussé les enquêteurs à effectuer un transport sur les lieux afin de procéder à des vérifications.
Le gérant du commerce concerné a confirmé le décès de l’individu. Selon ses déclarations, celui-ci serait décédé courant juin 2026, des suites d’une maladie.
Cette disparition prive évidemment les enquêteurs d’une audition directe d’un protagoniste présenté comme central dans le circuit de revente des équipements. Mais elle ne met pas nécessairement fin aux investigations. Les policiers disposent désormais des déclarations du présumé complice et pourraient chercher à identifier les personnes ayant réceptionné ou acquis le matériel après sa première cession.
Une affaire sensible qui refuse de livrer tous ses secrets
Ce nouveau développement rappelle surtout que le cambriolage d’un service aussi stratégique que la Direction de l’Informatique du Trésor public ne saurait être réduit à un simple vol d’ordinateurs.
Le Trésor public constitue l’un des rouages essentiels de l’État. Dès lors, toute intrusion dans ses services informatiques soulève nécessairement des questions sur les conditions dans lesquelles les auteurs ont pu accéder aux locaux, sur leur connaissance des lieux et, surtout, sur la destination du matériel emporté.
Dans ce type de dossier, la question du receleur et du circuit de revente des biens volés est souvent aussi importante que celle de l’auteur matériel du cambriolage. Car derrière un ordinateur dérobé peut se cacher une chaîne de complicités : celui qui entre dans les locaux, celui qui transporte, celui qui achète, celui qui revend et, éventuellement, celui qui commande.
Pour l’heure, l’homme interpellé a été placé en garde à vue. Les investigations se poursuivent sous la direction des autorités judiciaires afin de déterminer le rôle exact de chacun et de reconstituer l’intégralité du circuit des équipements dérobés. Dix-sept mois après le cambriolage, l’enquête vient donc de franchir une nouvelle étape. Et les déclarations de ce présumé complice pourraient bien conduire les enquêteurs vers d’autres acteurs de cette affaire.
