Acteurs clés de l’APR dans « la région rebelle du Sénégal », les hommes de Macky Sall sont, depuis quelques temps, sous les devants des projecteurs pour avoir organisé un baston général au siège de l’Alliance Pour la République, à Néma. Engagés dans une bataille de positionnement, dans laquelle tous les coups sont permis, les responsables de l’APR ont commencé à entamer le peu de crédibilité que les populations leur accordaient. Pour savoir qui parmi ces hommes et femme est le plus populaire à Ziguinchor, nous avons mené une enquête afin de dresser un portrait, sans concession, de chacun de ses politiques qui veulent être le patron de l’APR dans la région méridionale du Sénégal. Enquête.
S’il y a bien un parti au pouvoir qui, ces 50 dernières années, n’a pas réussi à faire corps avec les populations qu’il est censé administrer, c’est bien l’Alliance Pour la République. Le Parti du président Macky Sall souffre de visibilité, partout en Casamance. « Les réalisations du président » sont inconnues ici. Et, les rares populations qui ont eu à fréquenter les responsables locaux du mouvement n’ont pas une bonne opinion d’eux. Et elles comptent le leur faire savoir lors de la prochaine législative.
Parmi ces acteurs politiques d’envergure, dont les noms suscitent désapprobations et quolibets figurent ceux de Benoît Sambou, Doudou Ka, Aminata Angélique Manga et, en dernière position, le docteur Ibrahima Mendy.
Ibrahima Mendy, un acteur politique austère…
Dernier cité dans cette enquête, réalisée par nos reporters en Casamance, le directeur des Analyses Agricoles. « Ibrahima Mendy, à en croire les témoignages recueillis par nos soins, traîne une grosse carence de popularité. Il est presque inconnu des populations. C’est avec l’avènement de Macky Sall qu’on a découvert cet homme austère qui n’avait, jusque-là, aucune relation fraternelle avec la Casamance; même s’il est né et a grandi ici.« 
Fidèle des « premières heures de l’installation de l’APR à Ziguinchor » (sic), « Ibrahima Mendy est de la race de ses hommes politiques qui ne font appel aux populations que lorsqu’ils ont besoin d’elles. Une fois leurs besoins satisfaits, ils coupent les ponts. » A déclaré Ousmane Tamba, un notable de Grand-Dakar, un quartier populaire de Ziguinchor.
Peu bavards sur le Directeur de l’Analyse de la Prévision et des Statistiques Agricoles (DAPSA), les Ziguinchorois pensent que l’enseignant de l’Université de leur ville est de ceux-là qui ne sont visibles que dans leurs cercles familiaux et amicaux restreints. En dehors ces cercles, Ibrahima Mendy est inconnu. « Ici, à Kadior, c’est lui notre leader même s’il lui arrive de se faire rare. Nous sommes avec lui et serons toujours prêts à l’accompagner partout. Il est des nôtres et, contrairement aux autres politiciens, Ibrahima est proche des jeunes de notre quartier et ne renie pas ses modestes origines« , a nuancé Edouard Ndèye, un jeune de Néma Kadior.
Contrairement à lui, des dizaines personnes interpellées au cours de cette enquête ont affirmé avoir entendu parler de l’homme mais ne le connaissent pas ou peu. « Mais, comme nous ne sommes pas de son parti, il ne nous intéresse pas », ont déclaré de nombreuses personnes qui se sont prêtées au jeu.
Benoit Sambou, un chef inconnu au bataillon…
Chef de file contesté de l’APR à Ziguinchor, Benoit Sambou est un homme atypique dont la popularité, à Ziguinchor, n’est connue que de son cercle proche. De tous les acteurs politiques proches du Président Macky Sall, il est l’un des rares responsables dont on ne connait aucun lieutenant d’envergure. Ancien compagnon de lutte de Talla Sylla, cet homme né à Dakar et qui y a passé toute sa vie d’adulte a été parachuté en Casamance, région de naissance de ses parents, pour y faire de la politique.
Et y représenter l’APR vu dans le sud comme « un parti Haal Puular, un parti des hommes du nord pour continuer à coloniser les hommes du sud« , accuse-t-on du coté de la capitale méridionale du Sénégal. « Mais être originaire de la Casamance ne suffit pas pour avoir le coeur des Casamançais. » Souffle-t-on à Ziguinchor pour expliquer le désamour qui existe entre ce cinquantenaire et les populations du sud.
Pour ne l’avoir pas compris, la liste conduite par Benoit Sambou à la municipale de 2014 a été balayée par celle d’Abdoulaye Baldé, un opposant, un fils de la région et profondément ancré dans son terroir; même si, à lui aussi, on ne connaît aucune crédibilité à Ziguinchor.
Froid et distant, Benoît Sambou, vu de Ziguinchor, ressemble à « un frère retourné » contre les siens pour les rendre serviles. « Cela est d’autant plus vrai que lorsqu’il était ministre, il n’avait, en dehors de ses parents, aucun contact ni avec les jeunes de la ville encore moins les responsables coutumiers et religieux de la région. » A pesté Kélountang Diané, un vieux de Boucotte.
De ce fait, jadis sages et taiseux, les responsables religieux de la Casamance ont commencé à lever la voix. Pionnier dans le soufisme militant, Elhadji Moustapha Sylla, Guide religieux à Taïba, recevant le président Macky Sall lui a directement posé la fâcheuse question de savoir « si nous, Casamançais, n’étions pas des Sénégalais à part entière? »
Comme sous Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et aujourd’hui Macky Sall, les notables du sud semblent être les laissés pour comptes des régimes de Dakar malgré la présence -timorée- de hauts cadres de la région dans la hautes administration.
Les passeports diplomatiques qui sont, au nord, donnés jusqu’à des chanteurs de folklore, sans compter les marabouts et autres copines des pontes du pouvoir, sont inaccessibles aux dignitaires du sud. Revoir Benoît Sambou, démis de ses fonctions, revenir demander le soutien de ces mêmes populations qui n’avaient jamais été ses préoccupations a du mal à passer auprès de l’opinion casamançaise.
Angélique Manga, la froide ambitieuse d’une région si chaleureuse…
Benjamine de ce quatuor de politiciens conspués, Aminata Angélique Manga. Celle qui se targue d’être la « Diégu Pousso », la rassembleuse de Macky Sall, au sud du pays, est peinte, ici, sous les traits d’une « Diégou Niaye », « une responsable clanique et sectaire. »
Comme le pachyderme, elle est accusée de chercher, par tous les moyens, à se faire un nom et une place dans le pouvoir. « Pour cela, elle est prête à tout. Y compris pactiser avec le diable. C’est une séductrice qui ne tient jamais ses engagements. » Accusent des Ziguinchorois qui semblent la prendre en grippe.
Si la journaliste de la RTS a marqué la gente féminine et fait rêver des étudiants de la région, la politicienne, elle, ne fascine personne; sauf ses militants que nous avons cherché et avons, eu, du mal à trouver. Et lorsqu’on parle d’elle à Ziguinchor, on préfère se souvenir de la présentatrice du JT.
« En dehors des meetings qui la font venir, ici, pour se faire voir à la télé, Angélique n’a aucune relation fusionnelle avec Ziguinchor. Elle ne connaît pas nos réalités et, je ne me rappelle pas l’avoir vu organiser une oeuvre caritative dans la région encore moins soutenir des jeunes d’ici à trouver un emploi« , a déclaré Mouskéba Diatta, une ménagère de Colobane, un quartier périphérique de Ziguinchor.
Pour elle, lorsqu’on aspire à diriger les gens, on s’occupe de leur quotidien d’abord. « On attend pas qu’elle nous donne de l’argent ou nous distribue des denrées alimentaires, puisqu’elle n’en a pas. Mais, la jardinière que je suis, voudrais, de temps en temps, voir une Angélique Manga, Doudou Kâ, venir me visiter et voir ce dont j’ai besoin pour voir si l’Etat ne pourrait pas m’accompagner pour développer mon affaire. »
Hélas. L’Agence Nationale pour la Relance des Activités économiques et sociales en Casamance (ANRAC) qu’elle dirige est connue de peu de personnes. Et il y a fort à parier que rares sont les populations comme les villages qui ont vu des réalisations de cette agence fantôme du quotidien des Casamancais. Les Casmançais sont d’autant plus méfiants vis a vis de cette agence, dirigée par une fille de Ziguinchor, que son siège est installé à Dakar.
Pour eux, c’est « une sucette » tendue aux Casamançais pour qu’ils ne sentent pas écartés du festin des tenants du pouvoir. « C’est une tromperie que le siège d’une agence créée pour soutenir les activités économiques de la Casamance ne soit pas installée dans la région. » A fait remarquer Nouha Tamba, un opérateur agricole de la région.
Doudou Ka, le patron fantôme de Ziguinchor…
Personnage fascinant de cette série de portrait, Doudou Ka est l’homme dont tout le monde a entendu parler à Ziguinchor mais peu se souviennent l’avoir rencontré un jour. Directeur du Fongip, Doudou Ka aussi est un parachuté venu d’Europe et imposé à Ziguinchor, sa ville d’origine, plutôt la capitale régionale du pays de ses parents.

Mais, la greffe opérée par Macky Sall pour replanter cet homme, dans son sol naturel, a du mal à prendre. Parler de Doudou Ka, c’est tout de suite planter le décor d’une dualité, pas avec Benoit Sambou ou Ibrahima Mendy. Désigné pour affronter Abdoulaye Baldé et le déboulonner de son siège de maire, Doudou Ka, malgré la force de frappe financière mise à sa disposition, par le chef de l’Etat, n’a pas réussi à faire bouger les bastions centristes coalisés, aujourd’hui, avec le reste des militants du PS.
« Cette léthargie, est, à en croire de nombreuses personnes contactées au cours de notre enquête, due au fait que Doudou Ka n’a pas trop de vécu avec les Ziguinchorois« . Il leur a toujours envoyé ses lieutenants. Et quand on sait que ses fidèles collaborateurs de Doudou Kâ sont, pour la plupart d’anciens Wadistes convertis par opportunisme « par réalisme » (sic) aux idées républicaines de Macky Sall, il est aisé de comprendre pourquoi cet homme a du mal à s’installer dans le coeur des sudistes.
L’homme qui administre le Fongip souffre aussi du fait que les Casamançais -peu friands à contracter des prêts bancaires ne font pas recours à ses services. Et quand ils le font, ils ont du mal à voir leurs dossiers éligibles à des demandes de prêts du Fongip. Et les nombreux collaborateurs de Doudou Ka, à Ziguinchor comme à Dakar, sont réputés ne pas tenir leurs promesses.
A leur corps défendant, l’un de ses collaborateurs interpellés par nos soins a déclaré que « Doudou Ka a toujours été informé de tous les dossiers comme des demandes d’audiences entre autres qu’on lui soumet. Mais, il lui appartient de donner suites ou pas aux courriers qu’on lui transmet. »
Caricature de Abdoulaye Baldé, « Doudou Ka n’a pas le commerce facile. Et certainement ces fonctions l’empêchent de descendre sur le terrain, nous perler. Mais bientôt tout cela sera fini et il aura largement notre temps », a ironisé Bernadette Niouky, une vendeuse de noix d’acajou.

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