Alors que les récentes annonces financières suscitent un certain enthousiasme, l’expert financier et docteur en droit international Mouhamadou Madana Kane invite les Sénégalais à la retenue. Jugeant prématurée la célébration d’un accord qui demeure suspendu à l’aval du Conseil d’administration du FMI et au traitement de la dette, il alerte sur le retard pris dans les réformes, le durcissement des contraintes extérieures et l’impact potentiel des futures mesures sur le pouvoir d’achat des ménages. Il déclare d’emblée qu’il convient de s’abstenir, pour le moment, de célébrer cet accord.
Un accord technique encore soumis à des conditions strictes
Pour étayer sa position, l’analyste met en avant trois contraintes majeures. D’abord, l’accord n’a pas encore été approuvé par le Conseil d’administration du FMI et demeure au niveau des services techniques. Ensuite, le déblocage des financements reste subordonné à un accord préalable entre l’État et ses créanciers concernant la restructuration de la dette. Enfin, le périmètre, la nature exacte du traitement de cette dette et l’issue des négociations à venir demeurent totalement flous à ce stade.
Une restructuration tardive sous contrainte extérieure
Selon Mouhamadou Madana Kane, la restructuration survient trop tard. Celle-ci aurait dû être engagée pendant que l’État disposait encore de marges de manœuvre afin d’éviter tout risque de défaut de paiement. Cette démarche préventive aurait garanti une restructuration ordonnée, à l’époque où les autorités privilégiaient un recours massif au marché financier sous-régional.
Désormais, les marges de manœuvre se sont considérablement réduites. L’expert prévient qu’au stade actuel, le rapport de force a changé et qu’avec la dernière dégradation de la note souveraine du Sénégal, la restructuration se fera sous contrainte extérieure. Son diagnostic sur la souveraineté financière du pays est sans appel : face au fardeau d’une dette devenue insoutenable, l’État n’est plus totalement maître de son destin après avoir épuisé ses leviers pour honorer ses engagements sans financements concessionnels.
Les points de vigilance : subventions et pouvoir d’achat
Se tournant vers les perspectives à court terme, l’analyste formule plusieurs points d’attention majeurs pour les citoyens. Il invite à suivre de près le détail des conditionnalités imposées par le FMI, mais aussi la révision de la politique des subventions et ses répercussions sur les prix à la consommation, notamment dans le secteur énergétique. Les développements à venir dans les relations entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif devront également faire l’objet d’une attention particulière.
Enfin, Mouhamadou Madana Kane annonce qu’il reviendra plus en détail sur la récente déclaration du ministre des Finances. Ce dernier a révélé que 65 % des subventions publiques à l’énergie bénéficient actuellement aux 20 % de consommateurs les plus aisés. L’orientation vers des transferts ciblés semble ainsi présager l’application prochaine de la vérité des prix.
