Mary Teuw Niane : «Le temps est le plus implacable des juges. Il finit toujours par démasquer l’imposture»

Mary Teuw Niane : «Le temps est le plus implacable des juges. Il finit toujours par démasquer l’imposture»

Mary Teuw Niane : «Le temps est le plus implacable des juges. Il finit toujours par démasquer l’imposture»

Mary Teuw Niane, mathématicien sénégalais et directeur de Cabinet du Président Diomaye Faye, a produit une tribune intitulée «L’imposteur» sur les réseaux sociaux, comme il a l’habitude de le faire tous les dimanches depuis un certain temps. Le texte semble s’adresser à Ousmane Sonko et à ses soutiens, même s’il ne les a pas nommément cités, dans un contexte de rupture politique entre des anciens alliés qui ont conquis le pouvoir ensemble en mars 2024. Kewoulo vous propose le texte IN EXTENSO.

L’imposteur

Le temps est le plus implacable des juges. Il finit toujours par démasquer l’imposture.

L’imposteur ne crée rien : il usurpe. Il emprunte une image, revêt une morale, affiche une vertu, simule la compassion, proclame la droiture, prêche l’honnêteté. Tout est soigneusement mis en scène. Rien n’est profondément vécu.

Il ne croit pas aux valeurs qu’il invoque. Elles ne sont pour lui que des instruments de conquête et de domination. Son discours est celui d’un homme de foi, de justice et de sacrifice ; son véritable moteur est ailleurs : le pouvoir.

Pourtant, l’imposture porte en elle les germes de sa propre chute.

L’imposteur se trahit dans son langage. Son verbe devient violent. Il ne supporte ni la contradiction ni le débat. Toute critique devient une offense, tout contradicteur un ennemi à abattre. La parole cesse d’éclairer ; elle intimide.

Les promesses de violence, les appels à la haine ou à l’élimination des adversaires révèlent souvent ce que les apparences cherchaient à dissimuler : le masque se fissure.

Le danger atteint son sommet lorsque les disciples cessent d’admirer un homme pour commencer à le vénérer. Le chef devient un sauveur, le dirigeant un prophète, parfois même un messie. À cet instant, l’esprit critique s’efface devant la croyance, et la fidélité remplace le discernement.

Mais les faits sont têtus

Les contradictions s’accumulent. Les scandales éclatent. Les compromissions apparaissent. Les faiblesses humaines, longtemps cachées, deviennent visibles. L’argent, les privilèges, les intérêts matériels ou les comportements privés finissent par contredire le discours de vertu.

Les fidèles invoquent alors le complot, la persécution ou la jalousie. Ils s’accrochent à l’image qu’ils ont construite plutôt qu’à la réalité.

Pourtant, les faits ont une force que la propagande ne peut vaincre éternellement. Un à un, ils fissurent le mur de l’adoration jusqu’à provoquer son effondrement.

Alors l’imposteur, prisonnier de ses propres mensonges, tombe sous le poids de ce qu’il prétendait incarner. Son peuple découvre, souvent trop tard, qu’il avait confié son espérance à une illusion.

Il ne reste plus qu’à mesurer le temps perdu et les blessures laissées par l’absence d’esprit critique.

L’histoire nous enseigne que le culte de la personnalité est l’un des chemins les plus sûrs vers le totalitarisme. Les figures de Mussolini, Hitler ou Pol Pot rappellent qu’aucune société n’est à l’abri lorsqu’elle renonce au doute, à la contradiction et à la liberté de penser.

La démocratie ne meurt pas seulement sous les coups des tyrans. Elle s’affaiblit aussi lorsque des citoyens renoncent à exercer leur jugement et préfèrent croire un homme plutôt que les faits.

Les peuples ne perdent pas leur liberté en un seul jour. Ils la perdent lorsqu’ils renoncent à douter, à questionner et à confronter les paroles aux faits. L’imposture prospère là où l’esprit critique disparaît. C’est ainsi que naissent les totalitarismes.

Je vous souhaite une excellente journée dominicale sous la protection divine.

Dakar, le dimanche 9 août 2026

Professeur Mary Teuw Niane

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