Neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre l’enclave de Ceuta, a annoncé le gouvernement espagnol. Le gouvernement local de Ceuta, la petite enclave espagnole située au nord du Maroc, tire la sonnette d’alarme. Plus de 1 500 migrants sont arrivés par la mer cette semaine. Les centres d’accueil sont saturés. Les autorités locales ont demandé une intervention immédiate de Madrid alors que le gouvernement de Ceuta est débordé et n’est plus en capacité de répondre à l’afflux de migrants par la mer. L’Espagne va envoyer des soldats pour garantir la sécurité.
Neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre à la nage depuis le Maroc l’enclave espagnole de Ceuta, où des centaines de personnes sont arrivées illégalement jeudi, a indiqué à l’AFP la représentation du gouvernement espagnol dans ce territoire situé sur la côte nord de l’Afrique.
Le gouvernement espagnol va déployer des soldats pour garantir la sécurité dans l’enclave de Ceuta, sur la côte nord de l’Afrique, où des centaines de migrants ont fait une entrée massive depuis le Maroc, a annoncé jeudi le ministère de l’Intérieur. « Les forces armées renforceront la Garde civile [gendarmerie espagnole, ndlr] dans l’exercice de ses compétences et celles qui pourraient s’avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta », a indiqué le ministère dans un communiqué.
L’Italie veut suspendre l’Espagne de l’espace Schengen
L’Italie dit vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, après cet afflux de migrants arrivés illégalement jeudi dans l’enclave espagnole de Ceuta en provenance du Maroc. « Nous sommes en train de réunir les instances compétentes et, à l’issue de ces réunions, nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles […], comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne », a écrit la Première ministre d’extrême droite en dénonçant les « images choquantes » de Ceuta. « L’Italie ne restera pas les bras croisés », a-t-elle affirmé.
Un peu plus tôt, le vice-Premier ministre et ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani s’est dit « favorable à la fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne », a-t-il écrit sur le réseau social X, tout en dénonçant « l’immigration irrégulière et incontrôlée ». « Les images qui arrivent de Ceuta démontrent comment le choix du gouvernement de Madrid de donner la citoyenneté espagnole, donc européenne, à plus de 500 000 immigrés irréguliers […] encourage le trafic d’êtres humains », a jugé M. Tajani, membre du parti Forza Italia (droite conservatrice), allié à Giorgia Meloni.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a dénoncé jeudi la « démagogie » de l’Italie qui a demandé la suspension de son pays de l’espace Schengen après l’arrivée massive de migrants dans l’enclave de Ceuta, et a convoqué l’ambassadeur italien en signe de protestation. Le message du ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani « est inapproprié » de la part « d’un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane », a déclaré José Manuel Albares sur le réseau social X, où il a ajouté qu’il convoquait « demain [vendredi] l’ambassadeur d’Italie » à Madrid.
Des centaines de personnes convergeaient jeudi soir vers la ville de Fnideq, dans le nord du Maroc, après des rumeurs faisant état d’une ouverture de la frontière avec l’enclave espagnole de Ceuta, selon un correspondant de l’AFP.
À environ 15 kilomètres de l’entrée de Fnideq, qui jouxte Ceuta, la route était fortement encombrée par des véhicules transportant des jeunes, dont des mineurs, vers la ville. D’autres groupes de jeunes marchaient le long de la route avant d’emprunter des chemins secondaires afin d’éviter les barrages de la gendarmerie. Plusieurs personnes interrogées par l’AFP ont indiqué vouloir tenter de rejoindre Ceuta.
Ces événements interviennent alors que le Maroc célèbre la Fête du Trône. Le roi Mohammed VI a présidé jeudi la réception officielle traditionnelle organisée à cette occasion dans la ville de M’diq, située à une vingtaine de kilomètres de Fnideq.
« Les centres d’accueil sont tous bondés »
Des centaines de personnes qui dorment à même la route, des files d’attente interminables, des camps improvisés un peu partout à travers la ville… Les images sont saisissantes. Les autorités locales n’arrivent plus à gérer la situation.
Les sauvetages en mer sont quotidiens : plus de 600 rien que sur les derniers jours. Le centre d’accueil temporaire des immigrés, d’une capacité maximale de 500 places, est lui complètement saturé. Une situation « extrêmement grave », selon le chef du gouvernement local Juan Jesus Vivas, qui précise que « les centres d’accueil sont tous bondés ».
Toujours selon les autorités locales, la Garde civile espagnole, les services de secours maritime et même la Croix-Rouge mobilisent leurs bateaux pour sauver des migrants en mer. Alors que les frontières de l’enclave, renforcées depuis la crise de 2021 et la présence de 10 000 migrants à Ceuta, sont barrées par des murs et des barbelés, les arrivées massives par la mer sont de plus en plus fréquentes.
Le gouvernement local se dit dépassé. De son côté, le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a affirmé que « les autorités font face avec les moyens déjà déployés sur place, de façon permanente ».
« Aujourd’hui, il faut vraiment mettre en place ce mécanisme conjoint qui permet la gestion de crises surtout en temps réel, ce qui n’existe pas aujourd’hui. Il y a une surveillance du côté marocain. L’Espagne, elle assure surtout l’accueil. Mais entre les deux, il n’y a pas un dispositif qui traite ces questions de crise… »
