La polémique sur les fonds attribués à la Primature est loin d’être close. Après la sortie de l’ancien ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, qui affirme que Ousmane Sonko serait le premier Premier ministre à avoir bénéficié de fonds spéciaux, la députée de Pastef Maimouna Bousso apporte une réponse qui nuance fortement cette lecture. La controverse trouve son origine dans une déclaration faite par Ousmane Sonko lors de sa dernière sortie en tant que Premier ministre. Il avait alors révélé que la Primature disposait de fonds spéciaux d’un montant de 1,770 milliard de francs CFA. Depuis, cette enveloppe alimente les interrogations sur sa nature, son origine et ses modalités d’utilisation.
« Je ne suis pas d’accord avec Aly Ngouille Ndiaye »
Interrogée sur cette polémique, Maimouna Bousso ne partage pas l’analyse de l’ancien ministre de l’Intérieur. Pour la députée, il faut d’abord replacer ces crédits dans le cadre budgétaire. Selon elle, « le président de la République et le ministère des Finances ont attribué une ligne à la Primature ». Il ne s’agirait donc pas, dans sa lecture, d’un mécanisme créé spécifiquement au profit d’Ousmane Sonko. La parlementaire appelle surtout à davantage de clarté sur ces ressources. « Il faut que ce soit clair, qu’il y ait une transparence », soutient-elle, estimant que les montants affectés aux différentes institutions de l’État doivent pouvoir être identifiés et contrôlés.
Des crédits votés par l’Assemblée
Maimouna Bousso rappelle que la Primature dispose d’un budget voté par l’Assemblée nationale. Pour elle, le débat doit donc être replacé dans le cadre des procédures budgétaires et des mécanismes de contrôle parlementaire. La députée affirme d’ailleurs avoir elle-même interpellé le ministre des Finances, en séance plénière, sur certains fonds dont elle souhaitait comprendre la nature. Elle insiste sur la nécessité de distinguer les différents types de crédits publics. Certains fonds, explique-t-elle, sont attribués à des corps ou à des structures dans le cadre du budget et doivent être appréciés à la lumière des règles qui encadrent les finances publiques.
Le contrôle parlementaire au cœur du débat
Pour la parlementaire, la transparence ne doit toutefois pas s’arrêter au vote du budget. « La Primature a un budget que nous, Assemblée nationale, votons », rappelle-t-elle en substance. Les structures bénéficiant de ressources publiques doivent, selon elle, pouvoir être auditionnées et soumises aux mécanismes de contrôle prévus par les institutions. Elle estime également que les corps de contrôle ont un rôle déterminant à jouer pour vérifier l’utilisation effective des crédits. Cette position rejoint d’ailleurs, sur le principe de la transparence, la démarche d’Ousmane Sonko lorsqu’il avait publiquement évoqué l’existence et le montant des fonds dont disposait la Primature.
Au-delà de la polémique
La sortie de Maimouna Bousso déplace ainsi le débat. Plutôt que de s’en tenir à la question de savoir si Ousmane Sonko est ou non le « premier Premier ministre » à avoir bénéficié de fonds spéciaux, elle invite à examiner le circuit budgétaire : qui attribue ces crédits, comment sont-ils votés, à quoi servent-ils et comment leur utilisation est-elle contrôlée ? Au fond, la polémique autour des 1,770 milliard de francs CFA remet sur la table une question essentielle de gouvernance publique : la traçabilité des ressources mises à la disposition des institutions de l’État. Et sur ce terrain, Maimouna Bousso estime que la réponse doit être apportée par les mécanismes de contrôle parlementaire et les corps de contrôle, plutôt que par la seule bataille des déclarations politiques.
