Trahir pour réussir, le dangereux modèle de la politique sénégalaise !
La politique du “je te quitte quand tu ne sers plus mes intérêts” !
Et si la loyauté passait pour de la naïveté ?
Il faut avoir le courage de regarder la politique autrement. Car derrière les poignées de main, les sourires de circonstance, les accolades photographiées et les promesses murmurées à l’oreille, il existe parfois une autre politique : celle des fidélités provisoires, des amitiés intéressées et des convictions qui changent de direction dès que le vent tourne.
Il faut se méfier de ceux qui vous appellent « frère » lorsque vous êtes puissant et vous découvrent soudain des défauts lorsque vous ne leur êtes plus utile. Il faut se méfier de ceux qui jurent fidélité devant les foules et négocient leur avenir dans les couloirs, loin des regards.
La trahison politique n’est pas seulement le fait de quitter un camp. Changer d’opinion peut être honorable lorsque les convictions évoluent. La véritable trahison commence lorsque l’on abandonne ses principes pour sauver ses intérêts.
Quand un homme défend une cause pendant des années, mobilise les foules, demande des sacrifices au peuple, puis oublie tout cela dès qu’une position, un poste ou un privilège lui est proposé, ce n’est plus une évolution politique. C’est une dette morale que l’on vient de renier.
Et le peuple, lui, regarde.
Il regarde ceux qui criaient hier contre les privilèges et qui les recherchent aujourd’hui. Ceux qui dénonçaient les arrangements et qui deviennent soudain silencieux lorsque l’arrangement frappe à leur porte. Ceux qui promettaient de ne jamais courber l’échine et qui apprennent rapidement à s’incliner devant celui qui distribue les postes.
On peut tromper une foule pendant une campagne. On peut maquiller une rupture avec de grands discours. On peut inventer mille justifications pour expliquer pourquoi l’ennemi d’hier est devenu l’ami d’aujourd’hui.
Mais on ne réécrit jamais complètement la mémoire d’un peuple.
Car la politique peut pardonner les erreurs. Elle peut même pardonner les défaites.
Mais le peuple n’oublie jamais facilement celui qui lui a demandé de croire en une parole avant de découvrir que cette parole avait un prix.
Il faut donc apprendre à distinguer la fidélité à un homme de la fidélité à une cause. Les hommes passent. Les postes passent. Les partis passent. Les gouvernements passent.
Seuls les principes devraient rester.
Et lorsqu’un homme doit choisir entre sa conscience et son fauteuil, c’est précisément à cet instant que l’on découvre qui il est réellement.
La trahison politique ne commence pas lorsque l’on change de camp. Elle commence lorsque l’on vend celui que l’on prétendait défendre.
Car chez nous, au Sénégal, la trahison en politique est trop souvent présentée comme une prouesse, une preuve d’intelligence ou même une marque d’habileté.
On applaudit celui qui retourne sa veste au bon moment, comme si renier ses convictions et ses engagements était devenu un signe de grandeur politique.
À force de glorifier la trahison, nous finissons par banaliser l’opportunisme et par oublier qu’en politique, la véritable intelligence ne consiste pas à trahir pour réussir, mais à rester fidèle à ses principes malgré les tentations du pouvoir.
