La Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Thiès a examiné, ce mardi 28 juillet 2026, une affaire d’une extrême gravité. Le nommé K. Faye y comparaissait pour incendie volontaire, violation de domicile et tentative de meurtre sur son épouse, M.D. Diop.
Les faits se sont déroulés dans la nuit du 4 au 5 octobre 2023 à Tivaouane. Selon l’accusation, le prévenu, vendeur de chaussures au marché Colobane de Dakar, s’est introduit clandestinement au domicile de son épouse en escaladant le mur d’enceinte, avant de tenter d’incendier la chambre où celle-ci dormait en compagnie de deux jeunes enfants.
Alertée par l’incident, la victime a visionné les images de la vidéosurveillance installée dans la concession. Affirment avoir formellement reconnu son époux, elle a déposé une plainte auprès de la gendarmerie, déclenchant l’ouverture d’une enquête qui a conduit à l’interpellation de K. Faye à Dakar.
Des preuves matérielles et téléphoniques accablantes
Au cours de l’enquête préliminaire, le mis en cause aurait reconnu s’être rendu à Tivaouane pour retrouver son épouse. Les enquêteurs soulignent qu’il avait admis s’être introduit dans la maison avec l’intention de simuler un incendie d’origine mystique qu’il attribuerait à un « djinn ».
La perquisition effectuée à son domicile dakarois a permis aux gendarmes de saisir des vêtements, des chaussures, un sac à dos identique à ceux observés sur la bande vidéo, ainsi qu’une boîte d’allumettes. Plaqués sous scellés et présentés à l’audience, ces éléments ont été appuyés par les réquisitions téléphoniques, lesquelles situent le téléphone de l’accusé à Tivaouane vers 2 heures du matin, au moment exact des faits.
À la barre, K. Faye a radicalement changé de version et rejeté l’ensemble des accusations. Tout en reconnaissant l’existence d’un différend conjugal ayant poussé son épouse à s’installer à Tivaouane pour demander le divorce, il a soutenu ne s’y être rendu qu’une seule fois pour tenter de la raisonner.
Invité à s’expliquer sur les vêtements sous scellés, l’accusé a affirmé qu’ils ne lui appartenaient pas et n’étaient pas à sa taille. Le juge a alors suspendu la séance pour lui ordonner de les essayer. À la reprise, l’accusé est réapparu vêtu des habits en question, qui lui allaient parfaitement. Malgré cette démonstration, K. Faye a maintenu ses dénégations.
Le récit glaçant de la victime et les réquisitions du parquet
À son tour, la victime, M.D. Diop, a livré un témoignage poignant : « Une semaine après une première tentative de réconciliation manquée, il est revenu en pleine nuit. J’ai senti une forte odeur d’essence. Il se trouvait derrière la fenêtre et m’a aspergée d’essence, ainsi que le matelas. Lorsqu’il a voulu mettre le feu, les flammes l’ont atteint et la bouteille d’essence a explosé. C’est cette explosion qui nous a alertés, les deux enfants et moi. Nous avons réussi à sortir de la chambre avant que le feu ne se propage », a-t-elle raconté.
Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public a estimé que la culpabilité de l’accusé ne faisait aucun doute. Soulignant que seule l’explosion accidentelle du récipient d’essence avait évité un carnage dans une pièce occupée par la dame et deux mineurs, le procureur a requis une peine de 20 ans de réclusion criminelle à l’encontre de K. Faye.
La défense, assurée par Me Sy, Me Deh et Me Ndiaye, a quant à elle plaidé l’acquittement au bénéfice du doute. Le collectif d’avocats a contesté la valeur probante des enregistrements vidéo et des réquisitions téléphoniques, estimant qu’aucun élément ne prouvait avec certitude l’intention de donner la mort.
Le délibéré a été fixé au 7 septembre 2026.
