Contribution: Le Sénégal souffre de la carte crise de sens de ses acteurs  (POLITIQUES, SOCIÉTÉ CIVILE ET PRESSE) Par Nicolas Silandibithe BASSÈNE

Contribution: Le Sénégal souffre de la carte crise de sens de ses acteurs  (POLITIQUES, SOCIÉTÉ CIVILE ET PRESSE) Par Nicolas Silandibithe BASSÈNE

« La pléonexie et le vide idéologique mènent inéluctablement une société vers une crise de sens profonde ».

 

Le niveau assez bas du débat public sénégalais atteste la perte de repères idéologiques, éthiques et républicains. Les politiciens (nes), la société civile et la presse, toutes tendances confondues, entretiennent la confusion, les querelles de personnes et les polémiques futiles au détriment des vrais débats de fond. Cette stratégie permet d’endormir la conscience citoyenne ou de fragmenter l’opinion publique. La conséquence directe est que le Sénégal est en CRISE DE SENS.

 

Pour camper notre analyse afin permettre une bonne compréhension, il est important de manière ramassée d’essayer de définir qu’est-ce qu’une crise de sens d’abord, puis de voir le rôle et la mission de chaque acteur enfin analyser les conséquences. Tout compte fait, la crise de sens traduit un décalage douloureux entre les idéaux initiaux (engagements, promesses faits) et la réalité de l’exercice du pouvoir avec comme conséquence l’abandon des valeurs au profit de la seule conservation du pouvoir. Quant à la société civile (ONG, syndicats de travailleurs et patronaux, associations locales et communautaires, fondations publiques ou privées, groupes de réflexion et mouvements sociaux) leurs rôles seraient de surveiller l’action publique, exiger la transparence, lutter contre la corruption et garantir la redevabilité des institutions, compléter l’action de l’État dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’aide humanitaire ou de l’inclusion et promouvoir la citoyenneté, diffuser l’information et encourager la participation active à la vie démocratique.

Protéger les libertés individuelles et collectives, lutter contre les discriminations et accompagner les victimes de préjudices. Concernant la Presse, pour elle, sa mission est de rendre l’information accessible et compréhensible pour le grand public, contrôler l’action des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire pour exiger la transparence, permettre l’expression de la pluralité des opinions pour que les citoyens fassent des choix éclairés et jouer un rôle de régulateur et d’interface critique entre les gouvernants et les administrés. Cet état de recherche du pouvoir de nos acteurs (politiciens, société civile, presse) met en lumière deux maux majeurs qui, combinés, ont fini par désorienter notre corps social. Il s’agit de la pléonexie (désir insatiable d’avoir toujours plus que les autres, au mépris de la justice et de l’équité ou l’accaparement des richesses, la corruption et la quête effrénée du pouvoir pour des intérêts purement personnels) et le vide idéologique (absence de vision de société claire, de projets collectifs cohérents et de valeurs partagées) dont font montre les acteurs politiques, la société civile et la presse.

 

Se faisant, lorsque la politique, la société civile et la presse se vident de leurs idéaux, elles se réduisent à une technique de conquête et de conservation du pouvoir, de quête de privilèges et de recherche financière qui les poussent à se déconnecter du bien commun. Tout bien considéré, cette crise (crise de conviction, crise de repères, crise des valeurs, crise de la parole donnée et des engagements pris, crise d’idéologie et crise de loyauté et de redevabilité) ouvre la voie à la dérive. Ces dérives factuelles sont utilisées comme de puissants anesthésiants pour détourner l’attention des citoyens des vrais enjeux de développement en entretenant un état d’émotivité constante qui empêche une réflexion critique profonde.

En effet, avec la mise en scène permanente des désaccords, le reniement de la parole publique, la recherche effrénée du pouvoir, et de l’enrichissement ont contribué à la mise à mort des convictions et des idéologies politiques tout en prenant le pas sur l’action républicaine au Sénégal. Assurément, lorsque la pléonexie et le vide idéologique-deux dynamiques-s ‘installent dans une société, l’action collective perd toute boussole. Par conséquence, le mérite s’efface devant le clientélisme, et les citoyens font face à un sentiment de désenchantement. Sur ce, la politique cesse d’être un levier de transformation sociale pour ne devenir qu’un simple jeu d’ambitions personnelles. En cela, l’impression du surplace ou de la répétition des travers du passé deviennent des éléments à pondérer correctement.

Or, la dernière alternance politique intervenue en mars 2024 laissée planer l’immense espoir de la fin de ces pratiques tortueuses pour épouser les débats de fond sur l’économie et le retour aux valeurs afin de trouver le véritable sens. Hélas, cette hérésie, bien qu’appréciée n’a été qu’un feu de paille. Y se sont imbriqués reniement, déloyauté, ingratitude, manque de reconnaissance et surtout cupidité et avidité fortifiant du coup le sentiment que le Sénégal demeure toujours dans une incapacité chronique à stabiliser les valeurs qui constituaient son ciment. Par ailleurs, les alternances successives de 2000 (Wade), de 2012 (Macky) et de 2024(Diomaye) n’ont pas réussi à

démanteler la perte de repères idéologiques clairs du fait du jeu des alliances politiques contre natures qui se font et se défont au gré des circonstances électorales (la transhumance politique) dans la quête et/ou à la conservation du pouvoir qui priment sur les convictions, les engagements pris et sur la loyauté et la reconnaissance. Le populisme et les réseaux sociaux avec l’accru de l’invective et de la recherche du buzz qui l’emportent sur la confrontation d’idées de fond et la prise en charge réelle des besoins de la population malmenant l’éthique et la morale en les sacrifiant à l’autels de la pléonexie et de l’hubris.

En somme, notre analyse montre que la crise de sens est profonde et multisectoriel à tel point que le malaise social et la perte de repères collectifs sont immenses où les institutions, les médias et les relations humaines sont dictés par le calcul et le soupçon permanent, où la culture du « vide »(la forme compte plus que le fond) et les convictions changent au gré des opportunités et des algorithmes. Quel héritage allons-nous transmettre aux générations à venir ? En sommes-nous conscients que l’héritage que nous laisserons sera le reflet exact de nos combats actuels. Qu’allons-nous faire : céder au cynisme ambiant ou réhabiliter le courage des convictions ? Face à ce venimeux et contagieux phénomène sur  quels hommes et sur quelles femmes le Sénégal doit-il compter ?

Nicolas Silandibithe BASSÈNE

Coordinateur mouvement citoyen

Agir Maintenant pour une Émergence Nouvelle

(AMEN)