Affaire Boffa Bayotte : Après bientôt quatre ans de détention sans jugement, le journaliste René Capain Bassène attend toujours le soutien de ses confrères

Affaire Boffa Bayotte : Après bientôt quatre ans de détention sans jugement, le journaliste René Capain Bassène attend toujours le soutien de ses confrères

Affaire Boffa Bayotte : Après bientôt quatre ans de détention sans jugement, le journaliste René Capain Bassène attend toujours le soutien de ses confrères

C’est un témoignage poignant que nous livre le journaliste René Capain Bassène, inculpé avec 25 autres détenus dans le cadre de l’enquête sur la tuerie de 14 bûcherons dans la forêt de Boffa Bayotte. Nous avons pu le rencontrer début décembre dans la prison de Ziguinchor, dans une pièce exigüe, où une dizaine de prisonniers font face à leurs parents, frères, épouses, venus leur rendre visite. René a le visage souriant, serein, et déterminé. Heureux aussi de pouvoir s’exprimer devant un de ses confrères.

Car René le clâme haut et fort, il est journaliste. Même s’il a travaillé, avant d’être arrêté, pour une institution de l’Etat sénégalais, l’ANRAC, il écrivait alors un quatrième livre, fruit de ses années de recherche sur le conflit casamançais. Il attend de la profession un soutien que jusqu’à présent elle lui a refusé, sous prétexte qu’il n’a pas été arrêté dans le cadre d’un délit de presse. Il  dénonce également le dénie de justice dont sont victimes ses co-accusés. Quatre années en prison sans être jugé, ce n’est pas digne d’un Etat de droit.

 

            Dans des conditions sur lesquelles nous resterons discrets, René Capain Bassène nous a fait parvenir des réponses écrites aux questions que nous lui avions posées. Dans cette interview sous forme de témoignage, il revient sur son parcours, ses liens avec les acteurs du conflit ; il apporte en outre des éléments de preuve de son innocence, et renverse la culpabilité du côté de l’Etat sénégalais, qu’il accuse  de détention arbitraire et d’atteinte aux droits humains.

    A ceux qui lui dénient la qualité de journaliste, il rappelle tout bonnement qu’il est de la 8ème promo de DESS (niveau bac +5) de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication (ISSIC) de Dakar, critère suffisant selon le nouveau code de la presse pour faire partie de la profession. Lui même issue d’une famille déplacée par le conflit, il a fait de ce vécu un mémoire intitulé « De l’exil au retour, les conditions de vie des déplacés et réfugiés casamançais ». Après une expérience dans différents médias, il a été recruté par l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (ANRAC). « Cela m’a procuré un emploi fixe, un bon salaire car beaucoup mieux payé que mes collègues qui sont dans les organes de presse », reconnaît-il. C’est donc un journaliste contraint d’abandonner ponctuellement son métier, compte tenu de l’état d’indigence dans lequel se trouve la presse sénégalaise. « Mais cela ne m’a pas empêché de rester journaliste et d’exercer mon métier », ajoute-t-il. Sa motivation principale ? « Je suis quelqu’un qui a subi le conflit, qui l’a vécu de manière directe. J’ai toujours cherché à connaître le pourquoi de ce conflit et pourquoi, malgré les nombreux accords de paix, il persiste toujours ».  On est loin de l’image d’un tueur et « cerveau du MFDC », telle qu’elle a été présentée à la presse. Il fait la liste des intervenants dans le conflit avec lesquels il a eu des contacts réguliers. « Avec toutes les catégories d’acteurs citées(…), j’ai des relations purement professionnelles ; celles du journaliste et de ses sources et rien de plus », assure-t-il.

 

Extrait de l’interview écrite de René Capain Bassène

            Auteur de trois livres, il en terminait un quatrième intitulé « Conflit casamançais : une guerre qui nourrit plus qu’elle ne tue », dans lequel il explique « comment des lobbies s’activent au niveau national et international pour faire perdurer la crise » et « comment certains acteurs sont entrain de tout faire pour faire régner l’insécurité en Casamance car c’est dans l’insécurité qu’ils peuvent en toute sécurité faire prospérer leurs activités illicites ».

            René Capain Bassène affirme détenir des informations sensibles, notamment sur tous les trafics (chanvre indien, bois, cocaïne, armes et noix de cajou), ainsi que sur les assassinats de plusieurs personnalités comme celui du député Oumar Lamine Badji, entre autres, la disparition des deux couples français Gagnaire et Cave, et sur plusieurs tueries comme celle de 11 jeunes coupeurs de bois clandestins dans la forêt de Diagnon en 2011. Il affirme avoir rejeté de nombreuses offres alléchantes de la part des lobbies qui vivent du conflit. « Du coup, au vu des nombreux secrets que je détiens, je suis devenu trop gênant pour eux ». Dans son 4ème livre, pas encore publié, il adresse sous forme d’avant-propos une lettre d’adieux à ses lecteurs car, écrit-il, « je suis victime de menaces de mort, de tentatives d’intimidation, de tentatives d’assassinat par empoisonnement et de nombreux complots pour me faire tuer ou emprisonner ».

            Pour résumer ses activités journalistiques, René Capain Bassène affirme qu’aucun de ses livres ne comporte de propos tendancieux : « je n’ai fait que rapporter les faits sans parti pris ». Il déclare avoir « cassé l’omerta qui était imposée par les autorités étatiques sur le conflit » et « cassé le monopole que détenaient certaines personnes qui se présentent comme de grands spécialistes ». « J’ai au mieux de moi œuvré à donner la bonne info et permettre à l’opinion de comprendre le conflit », et toujours dans une optique de recherche de la paix, conclut-il sur ce chapitre.

            Compte tenu de ses nombreux contacts, il affirme avoir à de nombreuses reprises joué le rôle de lanceur d’alerte, lorsqu’une source l’informait d’une opération susceptible de porter atteinte à la paix. « C’est moi qui ai alerté sur la détermination du MFDC de s’attaquer à l’entreprise qui va exploiter le zircon avec des preuves à l’appui », assure-t-il. Il a servi d’intermédiaire dans la résolution du dossier de la RN4, quand les combattants s’opposaient à la construction de pistes reliant certains villages à la route. « Des acteurs de paix ont proposé aux responsables du projet leur médiation. Ils leur ont demandé 5 millions de francs CFA pour l’organisation de rencontres de négociation », raconte-t-il. Cette médiation s’est avérée infructueuse alors que René a réglé le problème en quelques mois. Il a également aidé au retour de déplacés dans leur village et fait libérer plusieurs personnes entre les mains des rebelles. Ces actions ont commencé à faire parler de lui. « Chaque fois qu’un ambassadeur venait à Ziguinchor, il demandait à me rencontrer … Mark Boulevard, dernier ambassadeur conseiller spécial du Président Obama pour la Casamance avait même fini par devenir mon ami », déclare-t-il.

            Dans son témoignage, René Capain raconte également comment il a mené des négociations avec les rebelles, « à la demande de Bachir Ba », chef de la RTS4 à Ziguinchor, qui avait été « contacté par de hautes autorités pour trouver un acteur fiable », en vue de renouer le fil du dialogue. Après hésitations, il a accepté « car il s’agit de la recherche de la paix ». Il a entamé des discussions avec César Atoute Badiate, un des chefs rebelles, tout en tenant informé Pape Birame Diop, général et chef d’Etat major des armées du Sénégal. «  J’étais sur le point de réussir que l’Etat et le MFDC ouvrent des négociations directes, c’est-à-dire sans l’intermédiaire des messieurs Casamance, sous la direction du chef d’Etat major général des armées », affirme-t-il. Mais la tuerie de Boffa Bayotte, au cours de laquelle 14 bûcherons ont été tués, est intervenue entre temps.

            Parmi les prises de position qui lui ont attiré des ennuis, on peut citer celles-ci : « le conflit casamançais ne tue plus, il nourrit », ou « les acteurs de la paix ont perdu toute crédibilité et (…) depuis 2014 plus aucun d’eux n’a rencontré de manière officielle un chef rebelle ». Il n’a pas hésité non plus à attaquer le MFDC, accusé avec d’autre de profiter du conflit pour s’enrichir. Il considère qu’il a fait « un travail de journaliste important, qui a permis aux citoyens de comprendre le conflit casamançais ». Il le crie haut et fort : « je suis journaliste. Je me considère toujours comme journaliste d’investigation et je n’envisage nullement de changer de profession; c’est pour moi un sacerdoce d’informer juste et vrai. Je mourrai journaliste ». D’ailleurs il continue d’exercer son métier depuis sa prison, malgré les conditions de détention difficiles.

            René se dit très peiné de voir que les journalistes l’ont laissé tomber. « A chaque fois qu’est célébrée la journée mondiale de la liberté de la presse, je suis sidéré d’entendre qu’au Sénégal, il n’y a aucun journaliste en prison. C’est comme si tout d’un coup j’étais exclu de la corporation », dit-il. Il affirme qu’il a demandé le soutien de Bamba Kassé, secrétaire général du Synpics, qui le lui a refusé, « parce que je n’ai pas été arrêté dans le cadre de mes activités de journaliste. Pourtant, ajoute-t-il, la presse sénégalaise s’était indignée quand le journaliste (algérien) Khaled Drareni a été arrêté alors qu’il a été accusé par les autorités de son pays de connivence avec des groupes terroristes … ». Et de conclure : « Si le Synpics m’avait soutenu, les organisations internationales telles que Reporters sans frontières m’auraient soutenu ».

            René Capain Bassène est tellement bien informé qu’il était au courant qu’une action se préparait dans la forêt de Boffa Bayotte. « Une de mes sources m’a informé de la préparation par les combattants du MFDC d’une réaction musclée contre les coupeurs de bois sans entrer dans les détails (… ) J’ai essayé de leur parler. Ils étaient étonnés de voir que j’étais informé de leur projet (…) je leur ai dit, réfléchissez bien à ce que vous allez faire. Vous me cachez la vérité, mais de grâce, il ne faut pas tuer (…) Il est préférable de prendre des otages que de tuer puisque nul ne peut vous dissuader ». Cette dernière déclaration peut certes l’impliquer dans la commission d’une prise d’otage, mais elle n’était animée que par la volonté de sauver des vies. Il a  d’ailleurs tout fait pour alerter les autorités sur ce qui se préparait. « J’ai envoyé un mail d’information et d’alerte à mon directeur général à l’ANRAC, un mail que j’ai également envoyé au secrétaire général de l’ANRAC (…) J’ai aussi alerté par le canal du nommé Xavier Diatta, celui qui a rédigé le livre « Les geôles du mensonge », qui est un ami du premier Ministre Abdalah Boune Dione ». Il ne sait pas si toutes ces alertes ont été transmises, mais en tout cas il détient ces mails et SMS et les preuves de ce qu’il avance.

            Concernant les autres inculpés dans cette affaire, il ne les connaît pas. « Mais je sais qu’ils sont innocents parce que selon les gendarmes c’est moi qui ai convoqué une réunion, qui leur ai fourni des armes. Ce qui n’a jamais existé ».

            Interrogé sur les raisons pour lesquelles lui et ses co-accusés sont détenus depuis si longtemps sans jugement, René donne d’abord l’explication officielle : « selon le procureur, c’est dû à la nature complexe et sensible de notre dossier ». Puis la sienne : « me concernant, je crois qu’ils se sont plantés. Après tout ce qu’ils ont dit sur nous, ils ne peuvent toujours pas nous juger parce que c’est sur la base de fausses accusations. Le dossier est vide ». Le dossier étant politisé, il pense que « le procureur n’a pas les coudé franches ; sans doute qu’il attend des consignes ou une décision politique ».

            Parmi les éléments à charge, il y a la supposée participation à une réunion préparatoire à la  tuerie avec une association villageoise, comme il y en a un certain nombre en Casamance. Elles se sont constituées en vue de protéger la forêt des coupeurs de bois. L’une se serait tenue le 3 janvier 2018 à Bourofaye Diola à 9h45. Les gendarmes lui ont présenté le rapport de géolocalisation de l’opérateur téléphonique Sonatel. Le problème, c’est qu’il le localise dans un autre village et que cette réunion est une pure invention d’un dénommé Maurice Badgi qui a d’abord affirmé qu’il ne se souvenait plus de la date puis il s’est rétracté.

            René dénonce également les conditions de son arrestation et la violation de ses droits les plus élémentaires :

            – « arrêté entre 3 et 4 heures du matin, battu, humilié devant mes enfants (6, 5 et 3 ans et 2 mois pour le plus jeune) ;

– yeux bandés pendant 24 heures ;

– placé en garde à vue dans une toilette bouchée, sale, j’y étais placé tout nu et les bras menottés  par derrière pendant 4 jours ;

– ils m’ont refusé tout contact avec ma famille et mon avocat ;

– refus de la présence d’un avocat lors des auditions ».

            « Quand j’ai refusé de signer le PV sous prétexte qu’ils sont pressés, j’ai été battu par l’adjudant (…), il m’a roué de coups et infligé une gifle qui a fait couler du sang au niveau de mon oreille droite. Il s’en est suivi une infection ; conduit à l’hôpital, le médecin (…) déclare que mon tympan est perforé et qu’il est irrécupérable. Aujourd’hui, je n’entends pas ou peu de l’oreille droite qui de temps en temps dégage un liquide puant et nauséabond ».

            « J’ai été battu et torturé pour me pousser à déclarer que je suis du MFDC. J’ai tenu bon », ajoute-t-il. Il en a été de même pour son épouse Odette, « battue et torturée de 17h à presque minuit, alors qu’elle avait laissé à la maison un bébé de deux mois, des fillettes de 6, 5 et 3 ans et mon papa paralysé et sa petite soeur de 17 ans ».

            René raconte ensuite des conditions de détention qui là aussi, donnent du Sénégal une image peu reluisante en matière de respect des droits humains. D’abord privé de la visite de ses proches pendant 40 jours, il est également privé de tout colis pendant un mois. « C’est des détenus qui m’ont prêté des habits », écrit-il. Pendant 7 mois, il n’a pas le droit d’emprunter de livres à la bibliothèque, et pendant 2 ans et demi, il est privé de communication téléphonique avec sa famille et son avocat. « Mon papa se sentant très affaibli, a  demandé que je l’appelle au téléphone, il voulait m’entendre et me dire ses dernières volontés et formuler des prières. L’administration pénitentiaire reste intraitable. « C’est un ordre qui vient d’en haut », lui dit-on. Ce n’est qu’après le début de l’épidémie de covid, que ces mesures d’exception s’assouplissent. « C’est avec le confinement engendré par l’avènement du covid que j’ai craqué et tapé sur la table, après être resté 15 jours sans visite et sans aucune nouvelle de mes proches ». Depuis juillet 2020, il peut appeler au téléphone s’il a de l’argent. Mais comme si la détention préventive n’était pas suffisante, le procureur envoie un courrier au directeur de l’ANRAC pour le priver de son salaire et bloquer son compte bancaire. « C’est un abus, dénonce-t-il, car le salaire est sacré et je suis toujours présumé innocent. Cette situation a fait qu’il a tardé à avoir un avocat. « Ce sont des bonnes volontés, des personnes que je ne connais pas qui m’ont trouvé un avocat, qui paient la scolarité de mes enfants, etc… c’est très dur à vivre ».

            Sur les accusations dont il a fait l’objet, René Capain Bassène apporte un démenti catégorique. Il découvre le jour de l’instruction qu’on l’accuse d’avoir rédigé les communiqués du MFDC front sud, d’être l’idéologue du MFDC et d’être à la fois « journaliste et rebelle ». « Pour qui connaît le MFDC, sa structuration et ses divisions, c’est absurde de dire qu’un journaliste, un civil qui n’a jamais assisté aux réunions du MFDC, qui n’est informé que par ses sources, puisse rédiger pour une faction rebelle ses communiqué », répond-il. De l’accusation d’être l’idéologue, il préfère en rire car à part d’obtenir l’indépendance, il ne connaît pas d’idéologie claire du MFDC. « J’ai dit au juge : « vous ne pouvez pas fabriquer un rebelle en moi. Je suis désolé, mais je suis journaliste, et je n’ai jamais caché mon identité et ma profession à mes sources. Tous savent que je mène des enquêtes et que j’écris des livres. D’ailleurs, le MFDC m’a reproché d’avoir dit des choses dures sur eux, preuve que je suis objectif dans mon travail ». René trouve également bizarre que l’instruction se focalise sur son rôle au sein du MFDC et non sur la tuerie elle-même.

            Viennent ensuite des éléments d’une extrême importance car ils éclairent d’un jour nouveau les accusations qui ont été porté sur lui dans la presse sénégalaise. On a dit de lui qu’il a échangé par mail et par sms avec Ousmane Tamba, chef rebelle en exil très influent sur le front sud, et que ses propos étaient compromettants. René nie d’abord avoir envoyé un sms à Tamba. Concernant les mails, il reconnaît les avoir envoyés mais uniquement pour son travail journalistique. « Tous les mails qu’ils (les gendarmes) ont trouvé comportent des documents, c’est dans le cadre de mes enquêtes et recoupements de l’information  (…) dans l’unique but de trianguler mes infos reçues », écrit-il. D’ailleurs, il le fait avec tous les leaders de la rébellion. Il se dit « dépositaire de nombreux documents : sonores, visuels, audio, audiovisuels, sous forme électronique, sous forme de papier, etc », dont il passe son temps à vérifier l’authenticité, la provenance et la fiabilité. C’est ainsi qu’il a envoyé à Ousmane Tamba un communiqué faisant état de menaces à l’encontre des coupeurs de bois, afin d’obtenir une réaction, mais le dirigeant ne lui a jamais répondu. Ousmane Tamba est très avare en paroles, et René reconnaît qu’il est « obligé de trouver des astuces pour lui parler, par exemple : « vive la Casamance libre ! ». Ce ne sont que des méthodes d’infiltration, « pour être à l’abris de leurs soupçons, gagner leur confiance et mieux avancer dans mes enquêtes », selon lui. A des degrés divers, tous les journalistes les ont utilisées un jour ou l’autre.

            « C’est à partir de mes recoupements que j’ai pris conscience du caractère sérieux de la menace et que j’ai renseigné, et non informé, les hautes autorités du danger qui pèse sur la forêt de Boffa Bayotte », poursuit-il. Il a alerté par mail sur un événement probable que même les Renseignements Généraux n’avaient pas vu venir. « Au lieu de me remercier, ils ont cherché à me salir et à me faire porter les conséquences des failles des services de renseignement. C’est donc mes méthodes d’enquête que les gendarmes ont tenté de convertir en preuves palpables contre moi (rire) », conclut-il. Il considère que « c’est le MFDC qui aurait dû m’en vouloir d’avoir alerté et non l’Etat du Sénégal ».

            Et pour enfoncer le clou, René divulgue un élément décisif : ces mails n’ont pas été extraits de son ordinateur, contrairement à ce qui est écrit dans le PV. « Les gendarmes m’ont demandé mon mail et mon mot de passe ; je les leur ai donné parce que je n’ai rien à cacher », déclare-t-il. « Il n’y a d’ailleurs pas eu de perquisition : « chez moi, ils n’ont saisi ni ordinateur, ni disque dur, ni arme, ni couteau. Je l’ai dit au juge. Il n’y a aucun objet m’appartenant qui se trouve entre les mains de la justice dans le cadre de l’enquête ou comme preuve de ma culpabilité ». Même son portable a été restitué à sa femme. Toutes les mails soit disant compromettants pour René Capain Bassène, il les a transmis volontairement aux enquêteurs.

            Enfin, René fait une liste de toutes les preuves de son innocence :

  • les mails d’alerte envoyés à son directeur général Ansou Sané et à son secrétaire général Ernest Abou Sambou, ainsi que leurs mails d’accusé réception et leurs remerciements. Mais malheureusement pour René, ces mails ont disparu. Ils auraient été effacés après avoir donné ses codes aux gendarmes, de source bien informée.
  • l’expertise de son portable pour voir les personnes avec qui il a communiqué le jour de la tuerie.

Il liste également toutes les personnes qui seraient susceptibles de témoigner en sa faveur :

  • Xavier Diatta, ami de l’ancien Premier Ministre,
  • Birama Diop,l’ex-chef d’Etat-Major des armées du Sénégal,
  • Bachir Ba, qui l’avait contacté pour renouer le fil du dialogue entre les autorités et les rebelles,
  • les jeunes de son quartier qui témoignent de sa présence sur un terrain de foot le jour de la tuerie.

            Tous ces éléments de preuve, il a demandé au juge de les recueillir. Toutes ces personnes, il lui a demandé de les auditionner. Il a réclamé également une confrontation avec Maurice Badji qui l’accusait d’avoir organisé la réunion préparatoire à la tuerie et qui s’est rétracté par la suite. « Hélas, le juge a refusé de faire tout cela. Il ne veut pas que la vérité éclate », déclare-t-il. De son côté, Maître Ciré Ly, l’avocat des inculpés de Boffa Bayotte, a envoyé une citation à comparaître aux personnalités citées par René Capain, mais elles ont toutes refusé. Seul espoir, convaincre le directeur général de l’ANRAC Ansou Sané de restituer les messages d’alerte de René, ce qui serait un élément décisif pour le disculper dans cette affaire.

            « Je sais que je vais vers un procès inéquitable mais je veux quand même être jugé. Je n’ai pas peur », déclare-t-il, avant de terminer sur des paroles terribles : « Si par extraordinaire je suis condamné dans le cadre de ce dossier dit de Boffa Bayotte, je vais pour mon honneur donner fin à ma vie … Je ne supporterai pas de vivre une telle injustice de la part de la justice de mon pays ».

            Tout semble fait pour que le piège se referme sur René Capain Bassène mais il reste l’intime conviction qu’un journaliste comme lui, qui a travaillé sans relâche pour informer les Sénégalais sur ce conflit interminable, et œuvré pour la paix, ne peut avoir commis ou commandité un tel acte. Journalistes sénégalais, journalistes de tous les pays, mobilisez vous pour sauver un des vôtres et faites comme lui, faites éclater la vérité pour ne pas vous reprocher un jour d’être restés indifférents à ses appels à l’aide.

Post scriptum du 17 décembre 2021

Nous avons contacté ce jour les personnes qui sont susceptibles d’avoir reçu les messages d’alerte de René Capain Bassène concernant de possibles actions violentes dans la forêt de Boffa Bayotte. Monsieur Ansou Sané, directeur de l’ANRAC refuse de se prononcer dans une affaire en cours d’instruction et ne précise pas s’il sera cité en tant que témoins au procès.

En revanche, et c’est une information de taille, Xavier Diatta confirme bien que René l’a alerté plusieurs semaines avant la tuerie. Xavier Diatta a demandé au journaliste de lui mettre par écrit ses informations pour les transmettre aux autorités, ce qu’il a fait. Il a conservé ces mails. Voilà donc de quoi disculper le journaliste car quel criminel va annoncer d’avance aux autorités qu’il va commettre un meurtre ? Xavier Diatta confirme d’ailleurs que René l’a toujours alerté lorsque des menaces pour la paix se précisaient.

178 commentaires

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