Dérives xénophobes au Sénégal : Quand l’étranger devient un bouc émissaire politique

Dérives xénophobes au Sénégal : Quand l’étranger devient un bouc émissaire politique

Dérives xénophobes au Sénégal : Quand l’étranger devient un bouc émissaire politique

Alors que la question migratoire s’impose au cœur de l’agenda politique sénégalais, la montée d’une rhétorique hostile aux communautés étrangères suscite une vive indignation citoyenne. Face aux déclarations controversées du député nationaliste Tahirou Sarr, une voix s’élève pour dénoncer une dérive irresponsable et réaffirmer les valeurs de la Teranga.

S’il est légitime, dans une démocratie, de débattre des orientations d’une politique migratoire, du contrôle des frontières ou de la régularité des séjours, il existe une frontière morale qu’aucun acteur politique ne devrait franchir : celle de la dignité humaine. Le discours porté par le député Tahirou Sarr sur les ressortissants étrangers vivant au Sénégal s’apparente, à bien des égards, à une tentative dangereuse d’attiser la méfiance entre les peuples et de transformer l’autre en bouc émissaire de nos difficultés nationales.
La grandeur d’un dirigeant ou d’un mouvement politique ne réside ni dans la virulence de ses sorties médiatiques, ni dans sa capacité à exploiter les peurs collectives. Elle se mesure à sa volonté de préserver la cohésion sociale et de respecter les droits fondamentaux de chaque individu. Le Sénégal n’est la propriété exclusive d’aucune communauté. C’est une terre africaine dont l’histoire s’est forgée à travers l’accueil, le partage et la coexistence pacifique avec ses voisins.
L’effet boomerang : la diaspora sénégalaise en première ligne
Ce nationalisme d’exclusion occulte une réalité statistique majeure : le Sénégal est structurellement un grand pays d’émigration. Des millions de nos compatriotes vivent, travaillent, étudient et fondent des familles en Guinée, en Gambie, au Mali, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, ainsi qu’en Europe et en Amérique.
Dès lors, une question s’impose : quelles seraient les conséquences pour nos propres enfants si ces nations décidaient d’appliquer la même intolérance et de traiter la diaspora sénégalaise comme des indésirables ? Libérer la haine contre l’étranger sur notre sol, c’est prendre le risque de la voir se retourner, demain, contre les Sénégalais de l’extérieur.
Pour une politique migratoire sérieuse et humaine
Refuser la stigmatisation ne signifie pas prôner le laisser-faire. La gestion des flux migratoires et la lutte contre l’immigration clandestine exigent des réponses institutionnelles sérieuses : un contrôle rigoureux des frontières, une coopération régionale accrue, des accords bilatéraux clairs et une application stricte des lois. Ces impératifs souverains doivent se construire par le droit, et non par l’amalgame ou le rejet de l’autre.
En 2026, face aux défis majeurs du continent, l’Afrique ne peut se permettre un retour vers des réflexes identitaires archaïques. Revendiquer une identité plurielle — à la fois ancrée dans des origines, une culture africaine et des principes universalistes — n’enlève rien à l’amour que l’on porte à sa patrie.
Face à ceux qui tentent de bâtir des murs de suspicion entre les communautés, le choix de la fraternité et des ponts reste le seul garant d’un Sénégal fort, souverain, juste et fidèle à sa tradition d’ouverture.

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