Exclusif: Le colonel Crépin Arsène Sambou, l’un des auteurs du « Rapport Interne de la gendarmerie » sur l’affaire Adji Sarr est mort

Exclusif: Le colonel Crépin Arsène Sambou, l’un des auteurs du « Rapport Interne de la gendarmerie » sur l’affaire Adji Sarr est mort

C’était l’un des officiers les plus discrets de la gendarmerie. Un homme peu enclin aux déclarations publiques, mais dont les écrits et le travail d’enquête ont pourtant pesé lourd dans les débats autour de l’affaire dite Sweet-Beauty et, surtout, sur la manière dont la haute hiérarchie de la gendarmerie avait géré certaines alertes liées à ce dossier.

Kéwoulo est en mesure de révéler le décès du colonel Crépin Arsène Sambou. L’ancien commandant de la Légion Centre, basée à Kaolack, est décédé cet après-midi à l’Hôpital Principal de Dakar. Jusqu’à son dernier souffle, il occupait les fonctions de directeur de la Direction du contrôle, des études et de la législation (Dircel). Mais derrière la disparition de cet officier supérieur se referme aussi une page particulièrement sensible de l’histoire récente de la gendarmerie sénégalaise.

Le rapport qui avait fait trembler la hiérarchie

Le colonel Crépin Arsène Sambou était, avec le colonel Oumar Diouf, l’un des deux officiers désignés pour conduire une enquête interne ordonnée par le général Jean-Baptiste Tine, alors à la tête de la gendarmerie. Cette mission faisait suite à une alerte particulièrement préoccupante formulée par le capitaine Seydina Oumar Touré, alors enquêteur principal dans le dossier Sweet-Beauty. Dans une correspondance adressée à son chef d’unité, le commandant Abdou Mbengue, le capitaine Touré avait fait état de faits qu’il considérait comme suffisamment inquiétants pour craindre pour sa sécurité. Il expliquait notamment être suivi, de jour comme de nuit, par des individus dont il ignorait l’identité.

Une alerte qui, selon les éléments rapportés à l’époque, devait être traitée en urgence.

La correspondance avait ensuite suivi la voie hiérarchique jusqu’au commandement de la gendarmerie territoriale. À cette période, le général Moussa Fall, alors numéro deux de la gendarmerie, aurait eu à connaître du courrier. C’est précisément sur la chaîne de transmission et de traitement de cette alerte que l’enquête interne devait faire la lumière. Car un dysfonctionnement aurait empêché la correspondance d’arriver à Zola, siège de l’état-major de la gendarmerie. En cause, selon les explications avancées, une consigne relative à l’immobilisation des engins utilisés pour la distribution du courrier.

Une enquête sur la gestion d’une alerte, pas sur l’affaire Adji Sarr

Et c’est là que réside l’un des points les plus importants de cette affaire. Contrairement à certaines interprétations ou présentations faites dans l’opinion publique, la mission confiée aux colonels Oumar Diouf et Crépin Arsène Sambou n’aurait pas consisté à enquêter sur les tenants et aboutissants de l’affaire opposant Adji Sarr à Ousmane Sonko. Leur mission était beaucoup plus précise : comprendre comment une alerte concernant la sécurité d’un enquêteur avait pu se perdre dans les méandres de la chaîne hiérarchique de la gendarmerie.

Pendant plusieurs années, le contenu exact de leur rapport est resté largement inaccessible au grand public. Mais l’existence de ce document et les informations qui en ont filtré ont régulièrement alimenté les débats sur la gestion interne du dossier Sweet-Beauty. Les deux officiers supérieurs avaient donc été chargés de reconstituer la chaîne de responsabilité : qui avait reçu la correspondance, qui devait la transmettre, pourquoi elle n’était pas parvenue à destination et, surtout, pourquoi une alerte présentée comme urgente n’avait pas bénéficié du traitement attendu.

Une nomination après la remise du rapport

Au terme de leurs auditions, en plus du capitaine Touré, du commandant Abdou Mbengue, du capitaine Diouck et du gendarme Ridial,  les colonels Oumar Diouf et Crépin Arsène Sambou ont remis leur rapport à la haute hiérarchie de la gendarmerie. Dans la foulée, le parcours professionnel du colonel Sambou allait connaître une nouvelle étape. Il sera nommé à la tête de la Direction du contrôle, des études et de la législation (Dircel), après avoir été relevé de ses fonctions de commandant de la Légion Centre par le général Moussa Fall, qui était alors son supérieur direct. Une trajectoire qui, avec le recul, donne à son passage dans cette commission d’enquête une résonance particulière, tant le dossier Sweet-Beauty avait déjà profondément marqué l’institution militaire et l’opinion publique. Et aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, le général Moussa Fall cité par le capitaine Seydina Oumar Touré pour n’avoir rien fait pour sa sécurité n’a jamais été auditionné.

Une carrière dans la discrétion

Issu de la promotion de l’École nationale des officiers d’active (ENOA) de Thiès, promotion du lieutenant Babacar Diouf, dont la formation s’est déroulée entre 1997 et 1999, le colonel Crépin Arsène Sambou aura effectué l’essentiel de sa carrière loin des projecteurs. Commandant de légion, officier supérieur et responsable de plusieurs structures de la gendarmerie. Sa disparition intervient alors qu’il dirigeait encore la Dircel. Avec sa mort, la gendarmerie perd un officier qui aura été associé à l’un des rapports internes les plus controversé de son histoire récente. Un document dont le contenu continue, encore aujourd’hui, de susciter interrogations et commentaires autour de la gestion de l’affaire Sweet-Beauty. Le colonel Crépin Arsène Sambou s’en est allé. Mais les questions soulevées par le rapport qu’il a contribué à rédiger, elles, restent toujours posées.

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