Le Pastef s’étonne aujourd’hui du « silence » de la société civile. Pendant vingt-six mois de Sonko au pouvoir, il n’a pourtant jamais trouvé le temps de la recevoir.
Dans l’opposition, le Pastef a épousé tous nos combats. Arrivé en haut, il a retiré l’échelle.
Ce qui était promis dans son agenda législatif prioritaire, et qui n’a pas bougé :
▪ l’interdiction de manifester devant l’Assemblée nationale et sur la place de l’Indépendance ;
▪ l’article 80, outil de répression au nom de la « sûreté de l’État » ;
▪ l’article 254 sur l’offense au chef de l’État, utilisé chaque jour contre chroniqueurs et militants ;
▪ le RAW-GADDU : environ 55 % des voix, 130 sièges sur 165, et des députés godillots ;
▪ le Pacte de bonne gouvernance démocratique et l’audit citoyen de la dette.
Sur l’amnistie, le double jeu est flagrant. Le Pastef promettait l’abrogation. Au pouvoir, il a voté une « loi interprétative » qui maintenait l’amnistie pour tout le reste. Quand le Conseil constitutionnel l’a censurée, Sonko a salué la décision. Aujourd’hui, ce même Conseil serait au service de l’exécutif. Rempart quand il arrange, usurpateur quand il dérange. Et les familles des martyrs attendent toujours leur procès.
La réforme qu’on nous reproche de ne pas défendre n’a été concertée avec personne. Elle affaiblissait le Président, avec qui la majorité est en guerre, mais protégeait le mode de scrutin et les articles répressifs dont elle profite. Ce n’est pas une réforme de principe, c’est un règlement de comptes.
La démocratie participative, c’est la souveraineté du peuple, des contre-pouvoirs réels et la séparation du parti et de l’État. Son contraire s’appelle le parti-État.
La société civile n’a rien à prouver. C’est au pouvoir d’appliquer son propre agenda. Qu’il le fasse, et vite. Il nous trouvera au rendez-vous.
Aboubakr Bengelloun
Président de l’association ARTICLE 25
