Grève Générale des centrales syndicales : un combat d’arrière-garde ?( Par Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam)

Grève Générale des centrales syndicales : un combat d’arrière-garde ?( Par Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam)

Grève Générale des centrales syndicales : un combat d’arrière-garde ?( Par Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam)

Les priorités ne sont-elles pas ailleurs ?

La grève générale annoncée par les centrales syndicales, à la suite du vote des lois portant modification des Codes du travail et de la Sécurité sociale, qualifiées d’« anti-travailleurs », soulève de légitimes interrogations quant à ses véritables motivations et à ses priorités.

Après avoir signé, le 1er mai 2025, le Pacte de stabilité économique et sociale avec le Gouvernement, les centrales syndicales signataires se retrouvent aujourd’hui dans une posture pour le moins paradoxale. Alors qu’elles avaient présenté cet accord comme une avancée majeure dans la consolidation du dialogue social, elles annoncent désormais une grève générale pour s’opposer à des réformes qu’elles considèrent comme préjudiciables aux travailleurs.

Cette situation intervient dans un contexte où, selon le Regroupement des travailleurs du Sénégal (RTS), plus de 30 000 travailleurs auraient été mis en chômage. Dans le même temps, les travailleurs contractuels, notamment ceux de l’Éducation nationale, continuent de réclamer la régularisation de leur situation administrative et financière, tandis que la question de l’allongement de l’âge de la retraite à 65 ans demeure au cœur des préoccupations.

Ces difficultés avaient d’ailleurs contribué à créer les conditions d’un regroupement inédit des centrales syndicales représentatives et non représentatives, ainsi que de nombreux collectifs de travailleurs, autour de revendications communes, à l’exception de la FGTS-B dirigée par le Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam.

Une autre conception du combat syndical

Ancrée dans le camp des travailleurs et fidèle à la troisième voie syndicale, construite avec le regretté vaillant combattant Sidya Ndiaye autour de la protection, de la défense et de la promotion sociale du travailleur, la FGTS-B déplore que le déclenchement de cette grève générale ne soit pas prioritairement orienté vers la défense du pouvoir d’achat et de la protection sociale des travailleurs.

Pour la FGTS-B, les urgences sociales sont ailleurs : la lutte contre l’inflation, les licenciements massifs et abusifs, la cherté de l’électricité et des loyers, le poids de la fiscalité, ainsi que la défense des emplois et l’amélioration des conditions de vie et de travail.

Dans ce contexte, la FGTS-B estime que la défense des intérêts des travailleurs ne saurait être dissociée d’une réflexion profonde sur la gouvernance des institutions sociales, notamment la Caisse de sécurité sociale (CSS) et l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (IPRES).

Elle considère que la gestion de ces institutions doit avant tout répondre aux intérêts des travailleurs qui les financent et pour lesquels elles ont été créées. Or, nombre de travailleurs, notamment les retraités, les victimes de maladies professionnelles et les victimes d’accidents du travail, s’interrogent encore sur l’utilité concrète et l’impact réel de ces institutions sur leur vécu quotidien.

Pour une gouvernance sociale rénovée

Si le regretté patriarche Madia Diop, alors Secrétaire général de la CNTS, s’était battu pour obtenir une gestion tripartite des institutions sociales, avec une alternance dans leur gouvernance entre le patronat et les organisations syndicales à la présidence des conseils d’administration, il n’en demeure pas moins que les interrogations soulevées par le Gouvernement sur leur gestion méritent d’être examinées avec sérieux.

Pour la FGTS-B, une réforme de la gouvernance sociale est devenue nécessaire afin d’éviter toute forme de concentration durable des responsabilités et de garantir davantage de transparence, d’équité et d’efficacité dans la gestion des institutions sociales.

La représentation syndicale ne saurait se limiter à la participation aux instances de décision. Elle doit se traduire par des résultats tangibles pour les travailleurs, notamment en matière de protection sociale, de retraite, de prise en charge des risques professionnels et d’amélioration des conditions de vie.

Les syndicats sectoriels et les organisations de base doivent également occuper une place centrale dans cette architecture. Sans eux, aucune organisation faîtière ne saurait prétendre représenter durablement l’ensemble du monde du travail.

Ne pas se tromper de combat

À la lumière de ce qui précède, la FGTS-B, qui estime avoir été injustement privée de son récépissé et de la reconnaissance de sa victoire aux dernières élections de représentativité des centrales syndicales, rappelle son score de 10,20 %, présenté comme supérieur à celui obtenu antérieurement par le regretté Sidya Ndiaye, avec 5,05 %.

Dans ce contexte, la FGTS-B considère que la grève générale annoncée par les centrales syndicales constitue un combat d’arrière-garde et estime qu’elle intervient tardivement, alors que les revendications des organisations sectorielles et des travailleurs de base auraient dû être placées au premier plan.

Pour la FGTS-B, toute signature d’un pacte social devrait être précédée d’une concertation approfondie avec les travailleurs et leurs organisations représentatives, afin que les engagements pris soient cohérents avec leurs préoccupations réelles.

Il importe donc de faire preuve de vigilance et de ne pas se tromper de combat, de cibles ni de champ de bataille. L’essentiel demeure la défense des intérêts supérieurs des travailleurs, véritables producteurs de richesses et acteurs essentiels du développement économique et social, ainsi que de la paix sociale durable.

Pour la rénovation du syndicalisme sénégalais

La FGTS-B réitère son appel à la signature de la Charte de Dakar pour la rénovation du syndicalisme sénégalais et à la construction collective, dans la coresponsabilité, d’une troisième voie syndicale.

Cette troisième voie se veut différente de la « participation responsable », considérée comme la première voie, et de la « néo-participation responsable », présentée comme la deuxième voie et concrétisée, selon la FGTS-B, par la signature du Pacte de stabilité économique et sociale.

La troisième voie syndicale doit ainsi replacer au cœur de l’action syndicale la défense des travailleurs, la protection sociale, la démocratie syndicale, la transparence, la représentativité réelle et l’amélioration durable des conditions de vie et de travail.

Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam
Chevalier de l’Ordre national du Lion
Secrétaire fédéral national de la FGTS-B
Secrétaire général du SUTSAS
Président d’Asas And Gueusseum

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