Portrait : Sur le sable de Saly, l’or et la renaissance d’Élisabeth Diatta

Portrait : Sur le sable de Saly, l’or et la renaissance d’Élisabeth Diatta

Portrait : Sur le sable de Saly, l’or et la renaissance d’Élisabeth Diatta
En dominant la Japonaise Reisa Kojima en finale des moins de 55 kg (5-1), la lutteuse de 16 ans a offert au Sénégal sa première médaille d’or aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026. Un sacre historique pour celle qui, il y a quelques années encore, n’avait pas d’existence légale.
Le poing levé vers le ciel de la Petite-Côte, le drapeau vert-jaune-rouge sur les épaules, Élisabeth Diatta savoure. Ce soir-là, sur le sable brûlant de Saly, la jeune Sénégalaise vient de balayer la Japonaise Reisa Kojima (5-1) en finale des moins de 55 kg. Au bout de cette démonstration de force : la toute première médaille d’or du Sénégal aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026. Une entrée fracassante dans l’histoire du sport national.
Pourtant, la plus grande victoire de l’adolescente née en 2010 ne s’est pas jouée devant les caméras du monde entier, mais dans l’ombre des bureaux d’état civil.
Ballottée dès l’enfance entre le Sénégal et la Guinée-Bissau au gré des soubresauts du conflit bissau-guinéen, Élisabeth a longtemps grandi dans le flou administratif. Apatride, dépourvue du moindre papier d’identité, elle appartenait à cette génération d’enfants « invisibles », privés d’accès normal à l’école et aux soins de base.
Son passeport pour l’avenir, elle l’a finalement trouvé sur un terrain de jeu. Repérée et intégrée au programme RECAF-Jeu, porté par l’ONG Right To Play, la jeune fille découvre un espace où se reconstruire. Au-delà de l’encadrement sportif, le dispositif accompagne sa famille auprès des autorités locales. Le déclic administratif finit par opérer : Élisabeth obtient son acte de naissance, puis la nationalité sénégalaise. « Je n’aurais jamais imaginé que le sport me donnerait une identité », lâche-t-elle aujourd’hui, mesurant le chemin parcouru.
Sa rencontre avec la lutte tient, elle aussi, du destin. Longtemps cantonnée au rôle de spectatrice, bridée par les préjugés d’un milieu qui juge la discipline trop rude pour les filles, Élisabeth ronge son frein. C’est sa sœur aînée, Jeannine, déjà licenciée dans un club partenaire du programme, qui va faire sauter le verrou.
Un jour d’entraînement, blessée, Jeannine déclare forfait. Élisabeth saisit la balle au bond et la remplace au pied levé. Coup d’essai, coup de maître. « Dès mon premier jour, j’ai lutté… et j’ai gagné », sourit la championne. La vocation est née.
Depuis ce premier combat improvisé, le duo familial ne s’est plus quitté. Devenue entraîneure certifiée, Jeannine veille désormais sur la progression de sa cadette aux côtés de Dieynaba, une coach locale. Ensemble, elles ont poli un diamant brut jusqu’à le hisser sur le toit olympique, chez elle, devant son public. L’or de Saly a décidément une saveur unique.