Plus de deux décennies après la plus grande tragédie maritime de l’histoire du pays, le souvenir du bateau « Le Joola » reste une plaie ouverte. À l’occasion de la veillée commémorative du 24ᵉ anniversaire du drame, Mgr Jean-Baptiste Valter Manga a prononcé une homélie marquante, dénonçant l’indiscipline collective et appelant à un changement radical de comportement pour éviter de nouvelles catastrophes.
La culture du « Gaara » pointée du doigt
Devant les fidèles réunis dans le recueillement, l’évêque de Ziguinchor a rappelé que le naufrage, qui a coûté la vie à près de 2 000 personnes en 2002, n’était pas une simple fatalité. Il s’agit, selon lui, du résultat d’une accumulation de négligences commises à tous les niveaux, de l’État jusqu’aux simples citoyens.
Le prélat a fermement condamné la culture du « gaara » (le laisser-faire), cette fâcheuse habitude de minimiser les petits manquements du quotidien. « Ne pas bien faire ce que l’on doit faire est un péché, surtout quand cela engage la vie des autres », a-t-il martelé, qualifiant le drame du Joola de « gros péché collectif ».
Du Joola aux routes sénégalaises : le constat amer d’une indiscipline persistante
Vingt-quatre ans plus tard, le constat dressé par l’autorité religieuse est sans appel : les leçons du passé ont été oubliées. Mgr Manga regrette que la majorité des résolutions de sécurité prises après la catastrophe soient restées lettre morte, pointant du doigt la résistance des populations face aux réformes.
Pour illustrer ce relâchement général, l’évêque a fait un parallèle direct avec l’insécurité routière actuelle :
- Les surcharges systématiques : Des motos conçues pour deux personnes transportent aujourd’hui jusqu’à quatre passagers.
- Le respect de façade des lois : Le port du casque est trop souvent réservé aux zones de contrôle policier, avant d’être retiré aussitôt le barrage passé.
- Le blocage des réformes : Les réticences face aux mesures d’immatriculation des deux-roues.
Un devoir de transmission envers la nouvelle génération
S’adressant particulièrement aux jeunes de moins de 25 ans, qui n’étaient pas nés au moment des faits, Mgr Manga a insisté sur le devoir de mémoire. Pour lui, commémorer le Joola ne doit pas être un simple rituel annuel, mais un engagement quotidien contre l’oubli et l’irresponsabilité.
La veillée, débutée par une marche symbolique au bord du fleuve Casamance près du monument aux morts, s’est conclue par des prières pour le repos de l’âme des disparus et un appel à un meilleur soutien psychologique pour les rescapés et les familles de victimes.
