Le paradoxe sénégalais : Entre défiance des agences, résilience régionale et refus de l’austérité brutale (Par Dr. Seydina Oumar Seye)

Le paradoxe sénégalais : Entre défiance des agences, résilience régionale et refus de l'austérité brutale (Par Dr. Seydina Oumar Seye)

Le paradoxe sénégalais : Entre défiance des agences, résilience régionale et refus de l’austérité brutale (Par Dr. Seydina Oumar Seye)

Le paradoxe sénégalais : Alors que l’agence S&P a abaissé la note du Sénégal à « CC » et juge un défaut de paiement « presque inévitable », Dakar continue de lever des fonds sur le marché régional et vient de conclure un accord crucial avec. Retour sur une situation paradoxale qui révèle la résilience d’une économie en quête de rédemption.
Le Dr Seydina Oumar Seye décrypte ce paradoxe et plaide pour un traitement de la dette spécifique, qui évite une austérité brutale tout en préservant la souveraineté économique du pays.

Une crise de confiance, pas seulement de chiffres

Pour le Dr Seydina Oumar Seye, économiste de renom, la situation que traverse le Sénégal est fondamentalement une crise de confiance, exacerbée par la révélation de la « dette cachée » héritée du précédent régime. L’audit des comptes publics a en effet révélé que le ratio de la dette publique, initialement évalué à 74,4 % du PIB, a été porté à près de 132 % du PIB, un choc de transparence qui a provoqué une onde de choc sur les marchés internationaux.

Les agences de notation ont logiquement réagi. Moody’s a dégradé la note du Sénégal de Caa1 à Caa2 avec perspective négative fin août 2026, tandis que S&P Global Ratings a abaissé la note souveraine en devises à « CC » le 4 septembre, jugeant le défaut sur la dette extérieure « presque inévitable ». Une cascade de dégradations qui, selon le Dr Seye, ne reflète pas la robustesse structurelle de l’économie ni les réformes engagées. Les analystes de S&P pointent pourtant des indicateurs préoccupants : dette publique estimée à 118 % du PIB fin 2025, déficit budgétaire hérité colossal et absence de progrès significatifs dans l’obtention d’un soutien multilatéral.

L’accord FMI : un retour au réalisme économique

L’accord de principe conclu avec le FMI le 1er septembre 2026, pour un montant de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, marque un tournant majeur. Il met fin à plus de deux ans d’isolement financier et ouvre la voie à un traitement de la dette, bien que les autorités sénégalaises s’emploient à en minimiser la portée. Pour le Dr Seye, cet accord envoie un signal fort aux investisseurs, aux agences de notation et aux bailleurs : la politique économique sénégalaise est désormais soumise à un cadre de surveillance crédible et vérifiable.

Cet accord représente un virage pragmatique pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, élu en 2024 sur un programme de rupture et de souveraineté économique. Comme le souligne certains économistes, il s’agit d’un « retour au réalisme économique après deux années perdues ». La souveraineté ne se construit pas dans l’isolement, mais dans la capacité à négocier avec les institutions internationales dans l’intérêt national. Le FMI lui-même indique que ce programme est destiné à « catalyser des financements complémentaires » auprès de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, multipliant ainsi son effet de levier.

Les risques d’une austérité brutale : l’avertissement du Dr Seye

Mais le Dr Seye met en garde contre les conséquences sociales d’un programme trop rigide. Si l’accord avec le FMI peut constituer une bouée de sauvetage, il peut aussi « augmenter dramatiquement la pauvreté des ménages, notamment des plus vulnérables ». Les expressions clés du communiqué du FMI « renforcement de la mobilisation des ressources intérieures » et « rationalisation des dépenses » cachent potentiellement une hausse des impôts indirects, une augmentation du prix des produits énergétiques et une réduction des subventions.

Un transfert de 10 000, 20 000 ou 30 000 francs CFA ne constitue pas une protection sociale efficace si, parallèlement, le coût du transport, de l’électricité, des denrées alimentaires, du logement et des services essentiels augmente davantage.

Le gouvernement sénégalais affirme vouloir éviter ce scénario. Le ministre de l’Économie et des Finances, Cheikh Diba, a soigneusement évité le terme de « restructuration », préférant celui de « traitement ». La rigueur est pourtant à l’agenda, avec le renforcement de la gouvernance budgétaire, le suivi accru des arriérés intérieurs et une supervision renforcée des entreprises publiques. Mais une attention particulière sera portée aux « plus vulnérables », avec l’augmentation des bourses familiales et le meilleur ciblage des subventions.

Un potentiel de croissance qui ne demande qu’à s’exprimer

Derrière les chiffres alarmants de la dette et les dégradations de notation, les fondamentaux de l’économie sénégalaise restent solides. Le FMI lui-même reconnaît que « l’économie sénégalaise a fait preuve de résilience, malgré un environnement extérieur difficile », avec une croissance du PIB réel atteignant 6,7 % en 2025, portée par l’exploitation des hydrocarbures .

Le gouvernement table, dans son Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2026-2028, sur une croissance moyenne de 5,5 % sur trois ans, portée par le dynamisme du secteur primaire et la résilience du tertiaire . L’inflation est projetée à 1,7 %, bien en dessous du plafond communautaire de 3 % .

Le pays dispose d’atouts considérables : ressources agricoles, halieutiques, minières, énergétiques et un potentiel industriel et humain encore sous-exploité . Le Sénégal mise aussi sur l’émergence de chaînes de valeur intégrées, capables de transformer ses matières premières et de créer des emplois .

Le Seuil de Thiam, ou Seuil de Pertinence Stratégique, rappelle qu’une politique publique, une institution ou un gouvernement ne deviennent réellement performants que lorsque leurs objectifs, leurs compétences, leurs instruments, leur gouvernance et leurs incitations sont suffisamment cohérents .

En somme, un pari sur la confiance.
En effet, le Sénégal traverse une zone de turbulences où se mêlent la défiance des agences de notation, la confiance des investisseurs régionaux, le réalisme imposé par le FMI et la résilience d’une économie aux fondamentaux solides. L’accord avec le FMI est un signal fort. La préservation du marché régional, une stratégie habile. Mais le véritable test sera la capacité des autorités à mener à bien l’ajustement budgétaire, à restaurer la transparence dans la gestion des finances publiques et à transformer les atouts du pays en croissance inclusive et durable.

Le paradoxe comportemental des investisseurs, qui continuent à financer un État jugé risqué par les agences, n’est qu’un reflet de cette complexité. Il montre que, dans la finance comme en politique, la perception est souvent aussi importante que la réalité. Et que le Sénégal, avec ses atouts et ses faiblesses, reste un pari sur l’avenir que les marchés, à leur manière, sont prêts à prendre.

Le paradoxe des marchés : une confiance régionale qui persiste

Le paradoxe est saisissant : alors que les agences internationales dégradent la note du Sénégal, le pays enregistre une performance exceptionnelle sur le marché financier régional de l’UEMOA. En 2025, il a levé plus de 4 004 milliards de FCFA sur ce marché. Au premier trimestre 2026, un Appel Public à l’Épargne a été sursouscrit à 152 %, permettant de lever 304,15 milliards de FCFA contre un objectif de 200 milliards.

Cette confiance persistante des acteurs régionaux notamment les banques, entreprises, particuliers et diaspora démontre que la signature financière du Sénégal conserve un crédit important dans la région. Selon le Dr Serigne Momar Seck, cette dynamique s’explique par la décision stratégique d’exclure la dette libellée en francs CFA du périmètre du Plan de traitement de la dette, préservant ainsi le marché régional d’une crise systémique.

Mais le Dr Seye relativise cette performance. Cette dépendance croissante au marché régional ne peut constituer une stratégie durable : les taux restent élevés, les maturités limitées, et la fréquence des émissions place le pays dans une situation de roll-over permanent, un renouvellement constant de la dette qui peut enfermer le pays dans une spirale de surendettement.

Un traitement spécifique de la dette pour préserver la souveraineté

Pour le Dr Seye, le Sénégal doit négocier un traitement spécifique de sa dette, qui tienne compte du contexte particulier de la « dette cachée » et du potentiel économique du pays. Il souligne l’importance d’éviter les coupes budgétaires drastiques et de privilégier une rationalisation des dépenses ciblée, à travers des audits des contrats publics, pour garantir l’efficacité sans sacrifier le tissu social.

Le gouvernement actuel a fait de la transparence un cheval de bataille, en auditant les comptes publics et en transmettant les conclusions à la Cour des Comptes. La future Stratégie de Gestion de la Dette 2025-2027, en cours d’élaboration, insiste sur la transparence et l’alignement sur les objectifs de développement et une approche d’économie endogène. Le Sénégal mise sur un pacte national pour l’emploi productif, ciblant des secteurs porteurs comme l’agriculture, la pêche, les mines et l’industrie, pour stimuler la croissance sans recourir à l’austérité brutale.

Conclusion : le pari d’une résilience négociée

Le Sénégal, sous la direction du Dr Seye et d’autres économistes, semble avoir choisi une voie étroite : accepter la discipline du FMI tout en négociant un traitement de la dette qui préserve la cohésion sociale et les investissements d’avenir. Les fondamentaux de l’économie avec une croissance de 6,7 % en 2025 portée par les hydrocarbures, le potentiel agricole, halieutique et minier plaident en faveur d’une résilience à moyen terme. Mais la confiance, une fois ébranlée, est longue à restaurer. L’accord avec le FMI est un premier pas, mais la véritable épreuve sera la capacité du gouvernement à mener les réformes tout en protégeant les plus vulnérables, comme le préconise le Dr Seye. Le paradoxe sénégalais a travers la défiance internationale versus confiance régionale pourrait bien se résoudre par la démonstration d’une croissance inclusive et d’une gestion rigoureuse, mais socialement responsable, de la dette.

Dr. Seydina Oumar Seye.

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