Rien ne prédestinait cet enfant du Plateau dakarois, passé par les bancs de l’école Claire Plateau et du Lycée technique Maurice Delafosse , à endosser la robe de censeur médiatique. Avant de faire trembler les plateaux de télévision, Mame Makhtar Guèye a suivi une trajectoire d’élite internationale . Après une capacité en droit des affaires à l’Université de Bordeaux, il attrape au vol la révolution informatique . Lauréat d’une bourse de l’ancienne ACCT (ancêtre de l’OIF), il enchaîne les spécialisations en architecture réseau entre le Luxembourg, l’Allemagne et l’Institut belge de programmation de Bruxelles, s’offrant même le luxe d’un stage chez le géant américain IBM.
Armé d’un diplôme supérieur de l’Institut africain d’informatique (IAI) du Gabon , il rentre au pays à la fin des années 1980 pour relever un défi de taille : concevoir ex-nihilo le paysage numérique du Centre international du commerce extérieur du Sénégal (CICES). Le 1er janvier 1989, il entre officiellement dans l’histoire de la structure en devenant son tout premier chef de service informatique, un poste stratégique qu’il verrouille pendant 19 ans.
Sa rigueur froide et sa maîtrise des réseaux tapent dans l’œil du pouvoir politique. En 2008, sous l’ère d’Abdoulaye Wade, il est propulsé Président du Conseil d’Administration (PCA) du CICES . Parallèlement, l’homme de dossiers s’expose sous les projecteurs de la République en devenant le porte-parole officiel de la mouvance présidentielle via le Rassemblement pour le Droit et la Solidarité (RDS) .
Pourtant, en janvier 2013, à l’apogée de sa carrière étatique, Mame Makhtar Guèye opère un virage à 180 degrés . Émargeant à un salaire de plusieurs millions et entouré de véhicules de fonction, il décide de tout plaquer pour ce qu’il qualifie de « choix de la voix de Dieu ».
En rejoignant définitivement les rangs de l’ONG Jamra, l’ingénieur a troqué les lignes de code pour les lignes de front sociétales. Traque des narcotrafiquants dans les lycées, lobbying musclé pour la criminalisation de l’homosexualité ou croisades contre les dérives sur les réseaux sociaux : Mame Makhtar Guèye applique désormais la même discipline cartésienne à la moralité publique qu’à ses anciens schémas directeurs. Un activisme de combat qui continue de secouer, contre vents et marées, les fondations du débat de société sénégalais.
