Dimanche 6 septembre 2026, l’église Saint-Michel de Nkembo à Libreville a vibré au rythme d’une messe d’action de grâce chargée d’émotion, célébrant le jubilé et le départ imminent du Père Benoît Dièmé. Présidée par Mgr Jean-Baptiste Valter Manga, évêque de Ziguinchor (Sénégal), cette célébration a marqué le point d’orgue d’un parcours missionnaire exceptionnel à travers le Cameroun, le Congo et le Gabon, avant le retour définitif du religieux au Sénégal prévu pour 2027.
« Analé katuk » : l’exil fécond du missionnaire
Pour dépeindre la trajectoire de ce fils d’Affiniam (Casamance) né en 1952, Mgr Manga a choisi d’ériger en parabole le proverbe joola « analé katuk » (« la femme est une liane à courge »). De la même manière que la femme s’enracine dans un foyer lointain pour y donner la vie tout en gardant une place centrale dans sa lignée paternelle, le Père Dièmé a fait fructifier son sacerdoce en Afrique centrale sans jamais rompre le cordon spirituel et culturel avec le Sénégal.
Ordonné prêtre en 1981 à Dakar au sein de la congrégation du Saint-Esprit (Cssp), le jeune spiritain s’élance immédiatement vers le Cameroun. Son parcours, jalonné par un DEA en liturgie obtenu à l’Institut catholique de Paris en 1989, le mènera ensuite à la tête du Scholasticat de Brazzaville, puis au Gabon dès 1994 comme supérieur de la Fondation d’Afrique centrale. De Port-Gentil à Libreville, il aura été tour à tour bâtisseur de communautés, curé de plusieurs paroisses d’envergure, et formateur des futurs prêtres en tant que recteur et père spirituel au Grand Séminaire Daniel Brottier.
Un pionnier de la liturgie en langue joola
Au-delà de ses charges pastorales, le Père Benoît Dièmé laisse une empreinte indélébile dans l’histoire de la musique sacrée africaine. Monseigneur Manga lui a formellement attribué la paternité de la toute première litanie des saints en langue joola.
Compositeur inspiré – on lui doit notamment le célèbre chant « Éno jama gamano », tiré de la métaphore évangélique du grain de blé tombé en terre –, il est salué comme le mentor de grands maîtres de la musique chorale sénégalaise, à l’instar d’Henri Assisse ou de Blaise Pascal. « Il a été une fierté pour nous en Afrique centrale », a résumé l’évêque de Ziguinchor.
Alors que se profilent les bagages du retour, le missionnaire jette un regard serein sur ce presque demi-siècle d’apostolat, qualifiant cette mission d’Afrique centrale comme ayant été accomplie « avec joie et amour ».
